Chante, feuille, chante

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Le matin, le jardin brillait sous une lumière douce. Les herbes portaient de petites perles de rosée, et les arbres agitaient leurs branches comme des bras fatigués mais heureux.

Kiwi, le petit kiwi rond et duveteux, avançait à petits pas. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était couverte de taches bleues, vertes et violettes. Dans ses ailes, il tenait deux pinceaux.

Il cherchait une belle couleur pour peindre le changement de saison.

Soudain, une feuille dorée se détacha d’une branche.

Elle monta très haut, fit une pirouette, puis descendit doucement devant le bec de Kiwi.

« Bonjour, petite feuille ! Tu veux poser pour mon tableau ? »

La feuille ne répondit pas. Elle se souleva encore, poussée par un souffle léger.

Kiwi leva les yeux. Il frappa doucement ses pinceaux l’un contre l’autre.

Tap, tap.

La feuille tourna sur elle-même.

« Écoute ! On dirait qu’elle danse. »

Plume la pie arriva en sautillant. Ses plumes noires et blanches luisaient comme des morceaux de nuit et de neige.

« Elle ne danse pas seulement, dit Plume. Elle chante avec le vent. »

Kiwi sourit et suivit la feuille jusqu’au milieu du jardin.

Chante, feuille, chante, Tourne, tourne, danse !

La feuille partit vers le vieux banc, près du ruisseau. Kiwi courut derrière elle, sans aller trop vite. Son béret tremblait, et ses pinceaux faisaient de petits bruits réguliers.

Tap, tap. Tap, tap.

La feuille se posa sur le banc. Kiwi s’arrêta aussitôt.

« Voilà ! Ne bouge plus. Je vais te peindre. »

Il trempa son pinceau dans le jaune, puis dans l’orange. Mais au moment de toucher la feuille, celle-ci glissa du banc et s’envola au-dessus de l’eau.

Plume ouvrit grand ses ailes.

« Elle a changé de chanson ! »

Elle suivit la feuille en battant des ailes. À chaque tourbillon, elle inventait un nouveau refrain.

« Feuille légère, feuille brillante, tourne près de la rivière ! »

La feuille descendit jusqu’au ruisseau. Son reflet dansait parmi les petits cailloux ronds.

Kiwi s’assit sur une souche et peignit le reflet plutôt que la feuille. Il ajouta une longue tache dorée, puis une autre, plus claire.

« Ton tableau avance, dit Plume. Même quand ton modèle s’enfuit. »

« Peut-être qu’il ne s’enfuit pas. Peut-être qu’il m’invite à le suivre. »

La feuille remonta dans l’air. Elle passa juste au-dessus de leurs têtes.

Chante, feuille, chante, Tourne, tourne, danse !

La feuille traversa le jardin et se glissa entre les hautes herbes. Kiwi et Plume la suivirent jusqu’à une clairière.

Là, le vent soufflait en rond. Il faisait danser les feuilles tombées, les brindilles et même les petits champignons.

Kiwi posa ses pinceaux sur l’herbe.

« Cette fois, je vais jouer avec toi, petite feuille. »

Il fit trois pas à gauche, deux pas à droite, puis tourna sur lui-même. Son ventre rond rebondissait sous sa blouse.

Plume se posa sur une pierre et frappa le sol avec une patte.

Toc, toc. Toc, toc.

La feuille monta, descendit, puis passa entre les ailes de Plume.

« Voici le refrain du grand tourbillon ! » cria la pie.

Elle chanta : « Vole, petite feuille, fais tourner le soleil ! »

Kiwi reprit la chanson. Il tapa doucement ses pinceaux contre sa palette. Les sons se mêlèrent au souffle du vent.

Bientôt, tous les mouvements semblèrent répondre à la musique. Les herbes se penchaient. Les branches frissonnaient. Les feuilles rouges et brunes tournaient autour de la feuille dorée comme des danseuses colorées.

Kiwi riait si fort qu’il dut s’asseoir.

« Plume, regarde ! Elle a trouvé une grande ronde. »

« Et nous aussi », répondit Plume.

La feuille fit un dernier tourbillon, puis partit vers la colline.

Chante, feuille, chante, Tourne, tourne, danse !

La colline était douce et ronde. De là-haut, on voyait les arbres, le ruisseau et le jardin tout entier.

La feuille dorée monta jusqu’au sommet. Elle resta un instant immobile dans le ciel clair.

Kiwi reprit ses pinceaux. Plume se plaça près de lui.

« Tu crois qu’elle va enfin se poser ? » demanda Kiwi.

« Peut-être. Ou peut-être qu’elle veut encore raconter quelque chose. »

La feuille descendit lentement. Elle passa devant le soleil, puis devant un nuage blanc. Elle glissa jusqu’au tableau de Kiwi, posé dans l’herbe.

Une tache dorée se posa sur la peinture fraîche.

Kiwi regarda son tableau. On y voyait le ruisseau, le banc, la clairière et une feuille qui semblait voler hors de la toile.

« Elle a signé mon dessin », murmura-t-il.

Plume inclina la tête.

« Non. Elle y a laissé une chanson. »

La feuille se posa enfin sur le béret rouge de Kiwi. Il ne bougea plus. Plume chanta tout bas son dernier refrain, et Kiwi l’accompagna avec ses pinceaux.

Tap, tap.

Puis la feuille glissa sur l’herbe, juste à côté d’une graine minuscule.

Le vent se calma. Le jardin écouta.

Kiwi et Plume restèrent assis l’un près de l’autre, en regardant les couleurs changer doucement autour d’eux.

Chante, feuille, chante, Tourne, tourne, danse !

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