Danse, plume légère

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Au bord d’un chemin mouillé, Kiwi ouvrit sa boîte de peinture. C’était un petit kiwi rond et duveteux, avec de fines pattes, un béret rouge et une blouse tachée de bleu, de jaune et de vert. Il posa une grande feuille sur une souche. Puis il trempa son pinceau dans le bleu.

Ffffff… Le vent passa entre les herbes.

Le pinceau de Kiwi se leva tout seul. Il glissa sur la feuille, en grands virages souples. Une flaque clapota contre une pierre. Kiwi ajouta trois ronds d’argent. Des feuilles rousses tournoyèrent sous son bec.

« Tu peins quoi ? » demanda une petite voix.

C’était Lulu la souris. Elle sortait d’un tas de feuilles, les moustaches brillantes de pluie.

« Je peins ce que j’entends. Tu veux danser avec moi ? »

Lulu fit deux petits pas, puis quatre. Sa queue dessinait des virgules dans la boue.

« Ma couleur préférée, c’est le jaune, comme une miette de soleil ! » chanta-t-elle.

Kiwi peignit un rond jaune autour de Lulu. Le rond devint une lune, puis une roue, puis une grande fleur.

« Danse, plume légère, peins le vent en couleurs ! »

La feuille frissonna. Le jaune se mêla au bleu. Une rivière apparut, avec des éclaboussures qui semblaient rire.

Une goutte tomba du bout du pinceau. Ploc ! Elle rebondit sur la feuille et devint une petite colline violette.

« Moi aussi, je connais une couleur ! » lança une voix claire.

Basile le rouge-gorge arriva en sautillant. Sa poitrine orange-roux brillait comme une braise douce sous le ciel gris. Il secoua ses plumes, mais pas trop fort, pour ne pas arroser Lulu.

« Viens dans la ronde, Basile ! » dit Kiwi.

Basile étendit ses ailes. Il tournoya autour de la souche, puis se posa sur le pinceau. Le pinceau bondit de haut en bas et traça de petites notes dans le ciel peint.

« Ma couleur préférée, c’est le rouge, comme ma poitrine et comme les baies mûres ! » chanta Basile.

Lulu tapa dans ses pattes. Kiwi fit danser le rouge au-dessus du violet. Les taches devinrent des baies, les baies devinrent des ballons, et les ballons s’envolèrent sans quitter la feuille.

Une feuille passa devant le nez de Kiwi. Il éternua, et une pluie de points rouges couvrit le chemin.

« Danse, plume légère, peins le vent en couleurs ! »

La ronde avançait. Elle ne faisait pas de bruit, sauf celui des pattes, des ailes et du pinceau. Même les flaques semblaient battre la mesure.

Plus loin, une grande feuille verte trembla à côté d’une pierre. Une minuscule grenouille en sortit, fraîche comme une goutte d’eau.

« Est-ce que je peux sauter dans votre tableau ? »

« Seulement si tu sautes avec le rythme », répondit Kiwi.

La grenouille plia ses pattes. Un, deux, trois… Hop ! Elle atterrit dans une flaque. Ploc ! Une couronne d’eau entoura ses pieds. Hop ! Elle sauta sur une feuille. Frouf ! La feuille tourna comme un petit bateau.

« Ma couleur préférée, c’est le vert, comme l’herbe après la pluie ! » chanta-t-elle.

Kiwi trempa son pinceau dans le vert. Il peignit des brins d’herbe qui ondulaient, des collines rondes et une forêt où chaque arbre avait une drôle de forme. L’un ressemblait à une cuillère. L’autre à une botte. Un troisième avait l’air d’un énorme kiwi coiffé d’un béret.

« Regarde ! » gloussa Lulu.

Kiwi regarda son arbre. Il avait même une petite tache de peinture sur le ventre.

Le vent souffla plus doucement. Les feuilles ne tournaient plus dans tous les sens. Elles glissaient en cercle, comme si elles connaissaient la danse.

« Danse, plume légère, peins le vent en couleurs ! »

La grenouille chanta encore son vert. Basile répondit avec son rouge. Lulu ajouta son jaune. Et Kiwi mélangea tout cela avec une pointe de bleu.

Alors le ciel s’ouvrit entre deux nuages. Une lumière douce glissa sur le chemin. Les couleurs de Kiwi brillèrent sans éblouir.

Un escargot apparut au pied de la souche. Il avançait lentement, avec une coquille brune rayée de crème.

« Je ne sais pas sauter », dit-il. « Je peux quand même venir ? »

« Bien sûr. Chacun danse à sa façon », répondit Kiwi.

L’escargot avança d’un millimètre. Puis d’un autre. Sa trace brillante dessinait une longue boucle. Kiwi suivit cette boucle avec son pinceau et l’entoura d’orange.

« Ma couleur préférée, c’est l’orange, comme les feuilles quand la saison change », chanta l’escargot.

La ronde devint immense. Lulu suivait le chemin orange. Basile volait au-dessus du rouge. La grenouille sautait entre les taches vertes. Kiwi tournait sur lui-même, son béret rouge un peu de travers, tandis que son pinceau dansait avec le vent.

Tout à coup, une dernière feuille se posa sur la peinture. Elle avait la forme d’une plume.

Kiwi la regarda. Il ajouta un trait bleu, un point jaune, une courbe rouge, une mare verte et un petit soleil orange. Puis il posa son pinceau.

Le tableau ne ressemblait à aucun endroit connu. Pourtant, chacun y reconnut quelque chose : une flaque, une aile, une baie, une herbe, une feuille qui tourne.

Les amis se serrèrent autour de la feuille. Même l’escargot avait fini par arriver.

« Danse, plume légère, peins le vent en couleurs ! »

Et, dans le tableau, la plume se mit à tourner encore.

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