3-6 ans
Kiwi compte les lucioles du grand pré
Au bord de l’été finissant, Kiwi et Nino partent compter les petites lumières qui dansent dans le grand pré.
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Le soir descendait doucement sur le grand pré. Les herbes devenaient bleues, les fleurs fermaient leurs pétales, et le vent sentait la terre tiède.
Kiwi arriva en trottinant. C’était un petit kiwi rond et duveteux. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse blanche était tachée de jaune, de vert et de violet. Sous son aile, il portait un carnet de peintre.
Nino le hérisson sortit d’un buisson. Ses piquants bruns frémissaient autour de son petit museau crème.
« Ce soir, je veux peindre les lucioles, annonça Kiwi. Mais d’abord, il faut les compter. De la plus petite à la plus brillante. »
« Alors, ouvrons grand les yeux », dit Nino.
Une minuscule lumière apparut près d’un trèfle. Elle clignota une fois, puis deux.
« Une luciole ! » chuchota Kiwi.
Il dessina un petit point jaune dans son carnet. Nino posa à côté un caillou rond pour marquer le premier bouquet.
Un peu plus loin, deux lucioles se mirent à briller ensemble, au-dessus d’une pâquerette.
« Deux lucioles ! » dit Nino.
Kiwi les observa sans bouger. La première était petite comme une perle. La seconde brillait un peu davantage, comme une goutte de miel.
Dans le carnet, Kiwi peignit un bouquet de deux étoiles. Le grand pré venait de commencer son histoire de lumière.
Le chemin de lucioles conduisit les deux amis près d’un vieux saule. Ses branches touchaient presque l’herbe.
Sous les feuilles, trois lumières s’allumèrent l’une après l’autre.
« Une, deux, trois ! » compta Kiwi.
Les lucioles formaient un petit arc. Elles semblaient montrer un passage secret entre les hautes herbes.
Nino sortit trois graines rondes de son sac et les rangea en ligne.
« Voilà le troisième bouquet », dit-il. « Un bouquet qui ressemble à une virgule. »
Kiwi sourit et peignit l’arc avec un pinceau très fin.
Plus loin, quatre lucioles dansèrent au-dessus d’un tapis de menthe sauvage. Leur lumière était plus claire. Chaque fois qu’elles s’allumaient, leurs reflets glissaient sur les feuilles.
« Quatre lucioles ! » s’écria Kiwi.
Il posa quatre petites taches de peinture sur son carnet : une jaune, une dorée, une jaune, une dorée.
Nino pencha la tête.
« On dirait une guirlande. »
« Une guirlande qui ne pend à rien », répondit Kiwi. « Elle vole toute seule. »
Alors cinq lucioles montèrent au-dessus d’une touffe de fougères. La plus petite clignotait près du sol. La plus brillante monta jusqu’à la pointe d’une feuille.
« Cinq lucioles ! » comptèrent ensemble Kiwi et Nino.
Ils formèrent un bouquet de cinq petits cailloux argentés. Puis ils regardèrent les lumières s’éloigner, sans les toucher, comme on regarde un pinceau tracer une ligne dans le ciel.
La nuit devenait plus profonde. Le ciel passait du bleu au violet. Une première étoile apparut, puis une deuxième, mais Kiwi gardait les yeux sur le grand pré.
Près d’un petit ruisseau, six lucioles s’allumèrent en cercle.
« Six lucioles ! » dit Kiwi.
Le cercle tournait lentement, comme une roue dorée. Nino marcha autour sans faire craquer une brindille.
« Ce bouquet-là est rond », murmura-t-il.
Kiwi dessina une grande boucle lumineuse.
À côté des roseaux, sept lucioles s’élevèrent par vagues. Trois montaient, deux redescendaient, puis deux autres montaient à leur tour.
« Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept ! » compta Nino.
Kiwi posa sept petites empreintes colorées dans son carnet. Sa blouse portait maintenant une tache de bleu sur le nez.
« Tu as peint ton visage », remarqua Nino.
« C’est une nouvelle façon de regarder », répondit Kiwi.
Ils avancèrent jusqu’à un rocher couvert de mousse. Huit lucioles y dessinaient une grande spirale. La plus petite brillait près d’une racine. La plus brillante éclairait presque la mousse.
« Huit lucioles ! » souffla Kiwi.
Il resta silencieux un instant. La spirale semblait tourner autour du rocher, puis autour de lui, puis autour de Nino.
Le hérisson ajouta huit glands dans son bouquet.
« Maintenant, notre comptage ressemble à une peinture », dit-il.
Kiwi leva son pinceau vers les lumières. Il n’avait jamais vu un tableau aussi vivant.
Il ne restait qu’un dernier bout du grand pré, derrière les grandes marguerites.
Kiwi et Nino y allèrent tout doucement. Là, neuf lucioles attendaient dans l’ombre des fleurs. Elles ne brillaient pas toutes ensemble. Une s’allumait, puis une autre, puis une troisième, jusqu’à ce que le bouquet entier scintille.
« Neuf lucioles ! » compta Kiwi. « Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf ! »
Nino rangea neuf pétales tombés dans une jolie forme de couronne.
« Elles sont presque toutes les couleurs du soir », dit-il.
Kiwi ouvrit une nouvelle page de son carnet. Il peignit les neuf lumières autour d’un grand cercle bleu.
Puis un éclat plus fort apparut au milieu des marguerites.
Une luciole plus brillante que toutes les autres monta dans l’air. Elle fut bientôt rejointe par neuf petites lumières. Ensemble, elles formèrent un grand bouquet mouvant.
Kiwi et Nino comptèrent lentement.
« Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ! »
Dix lucioles !
La plus brillante passa au-dessus du béret rouge de Kiwi. Elle posa une lueur dorée sur sa blouse tachée de couleurs. Kiwi leva son pinceau, mais ne peignit pas tout de suite.
Il regarda les lumières comptées de un à dix : le minuscule point près du trèfle, l’arc, la guirlande volante, le cercle, la spirale et le grand bouquet final.
« Je vais appeler ce tableau Le pré qui compte les étoiles », dit-il.
Nino s’assit dans l’herbe.
« Et demain, tu peindras quoi ? »
Kiwi réfléchit. Une luciole clignota encore, juste devant son bec.
« Demain, peut-être les nuages. Mais ce soir, je garde la lumière dans mes yeux. »
Les dix lucioles continuèrent leur danse au-dessus du pré. Kiwi et Nino restèrent là, côte à côte, jusqu’à ce que la dernière petite lueur se fonde dans la nuit douce.
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