3-6 ans

Kiwi compte les nids douillets

Dans le grand arbre, Kiwi part à la recherche de dix nids et imagine pour chacun le plus joli des petits coussins.

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Au matin, Kiwi enfila sa blouse tachée de jaune, de vert et de bleu. Il posa son béret rouge sur sa tête ronde et duveteuse, puis accrocha son petit sac de peintre à son aile.

Zoé la mésange l’attendait sur une branche basse.

« Tu viens compter les nids avec moi ? demanda Kiwi.

— Oui ! Mais il faudra regarder partout. Le grand arbre a des cachettes jusque dans ses branches les plus hautes. »

Kiwi leva le nez. Le tronc était large comme une maison. Ses branches formaient des chemins, des ponts et même des tunnels de feuilles.

Ils commencèrent près des racines.

« Un ! annonça Kiwi.

C’était le minuscule nid de Zoé, rond comme une tasse, posé entre deux rameaux. Une plume grise y dormait déjà.

— Il est petit, mais il est parfait, murmura Zoé.

Kiwi trouva une plume blanche dans l’herbe. Il la glissa doucement dans le nid.

Un peu plus haut, une branche se séparait en deux. Dans son creux reposait un deuxième nid, tressé avec des brindilles fines.

« Deux ! dit Kiwi.

Il ajouta une feuille souple, encore fraîche de rosée. La feuille fit un petit bruit de papier.

— On dirait un lit qui chuchote, imagina Kiwi.

Zoé battit des ailes. Ils continuèrent à observer les branches larges, près du tronc, pendant que le soleil peignait des taches rondes sur l’écorce.

Le troisième nid se cachait derrière une grande feuille en forme de cœur. Il était accroché à une branche qui bougeait doucement dans le vent.

« Trois ! s’écria Kiwi.

À l’intérieur, quelques brins de laine rouge et crème formaient une petite spirale. Kiwi en trouva un autre, bleu comme le ciel. Il le posa au bord du nid.

— Celui-ci ressemble à un chapeau, dit Zoé.

Plus loin, ils découvrirent un quatrième nid, presque rond, avec une entrée basse. Une famille de pinsons venait d’en sortir pour chercher des graines.

« Quatre ! compta Kiwi.

Il prit une plume rousse tombée sous la branche et la glissa à l’intérieur. La plume se redressa comme un pinceau.

— Elle ferait une belle ligne sur mon tableau, dit Kiwi. Mais elle sera encore plus utile ici.

Le cinquième nid se trouvait près d’une branche couverte de petites fleurs. Il était large, solide et tressé avec des herbes dorées.

« Cinq ! annonça Zoé.

Une feuille jaune tournoya jusqu’aux pieds de Kiwi. Il la ramassa et la déposa dans le nid.

Alors une brise passa dans le grand arbre. Les cinq nids se balancèrent à des hauteurs différentes.

— Écoute, souffla Zoé.

On entendait cinq petits rythmes : tap, tap, frouf, cric, chuch.

Kiwi prit son pinceau et peignit dans son carnet les formes des nids. Il dessina aussi la brise, même si elle ne tenait jamais en place.

Le sixième nid était caché dans une fourche sombre du tronc. Il avait été construit avec des herbes sèches, des fils d’écorce et une longue plume brune.

« Six ! dit Kiwi, un peu essoufflé.

Il ajouta une fine feuille argentée. Elle brillait comme un petit miroir.

Au-dessus, une vieille branche large portait un septième nid. Celui-ci était si profond que Kiwi dut se pencher légèrement, tout en restant près du tronc, pour voir le fond.

« Sept ! compta Zoé.

Kiwi y posa un brin de laine violette. Le nid parut aussitôt plus chaleureux.

— On dirait une grotte pour les œufs, dit-il.

Le huitième nid était suspendu entre trois branches solides. Il tournait lentement, comme une toupie.

« Huit ! cria Zoé, qui tournait la tête pour le suivre.

Kiwi posa une plume couleur miel au bord du nid. Elle glissa doucement jusqu’au centre sans faire tomber une seule brindille.

Le ciel changeait. L’air devenait plus frais. Ici et là, des feuilles vertes prenaient des teintes de cuivre et d’or. Le grand arbre semblait porter plusieurs saisons à la fois.

— Il reste deux nids, dit Kiwi.

Ils suivirent une large branche qui ressemblait à un escalier tordu, en restant bien près du tronc. Kiwi imaginait qu’ils entraient dans un château suspendu entre les nuages.

Le neuvième nid était posé contre une branche très épaisse. Il était tressé avec des mousses, des herbes et de longues fibres végétales.

« Neuf ! murmura Kiwi.

Il choisit une longue plume noire et blanche, douce comme un pinceau neuf. Il la plaça au centre. Le nid ressemblait maintenant à un petit fauteuil.

Tout près du tronc, une large branche formait une fourche accueillante. Le dixième nid y reposait. Des brindilles solides formaient un grand cercle. Des feuilles, de la laine et des plumes s’y mêlaient déjà. On aurait pu y installer une famille entière, ou un nuage bien dodu.

« Dix ! annonça Kiwi.

Il regarda dans son sac. Il lui restait un brin de laine couleur soleil. Il le déroula, le posa autour du bord du nid et fit un joli nœud.

Zoé sauta à l’intérieur.

— Il est doux !

Kiwi s’installa près d’elle. De là, ils apercevaient les dix nids, petits ou grands, cachés dans le même arbre.

— Tu sais ce que je vois ? demanda Kiwi.

— Quoi ?

— Une peinture. Dix nids, dix endroits secrets et un grand arbre pour les tenir tous ensemble.

Il sortit son pinceau. Mais avant de peindre, il s’allongea dans le vaste nid avec Zoé.

Le vent fit bouger les branches. Une plume frissonna, une feuille glissa, un brin de laine dansa.

Kiwi sourit sous son béret rouge.

Dans le grand arbre, les dix nids étaient prêts pour les rêves, les petits becs, les ailes fatiguées et les histoires à venir.

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