3-6 ans
Kiwi compte les pas de la rivière
Un matin doux, Kiwi suit la rivière et transforme ses pas en un grand chemin de couleurs.
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Au bord de la rivière, le printemps avait posé des feuilles neuves et des herbes brillantes. Kiwi avançait d’un petit pas rond. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était déjà tachée de bleu, de jaune et de vert.
Dans son aile, il tenait un pinceau. Sur son dos, une petite palette dansait à chaque pas.
« Aujourd’hui, je vais peindre un chemin en comptant, annonça Kiwi. Un chemin qui suivra la rivière. »
Près des roseaux, il trouva une plume blanche.
« Un ! »
Il posa une touche de peinture bleue sur le sol, juste à côté de la plume.
Un peu plus loin, deux roseaux se balançaient ensemble, comme s’ils chuchotaient à l’eau.
« Deux ! »
Kiwi ajouta une touche de peinture verte. La couleur s’étira en une petite feuille brillante.
Une libellule rousse arriva en tournoyant au-dessus de son béret.
« Tu peins quoi ? demanda-t-elle.
— Un chemin de un à dix. Tu veux compter avec moi ?
— Je m’appelle Toupie, et je compte très bien en tournant ! »
Elle fit une boucle dans l’air, puis se posa sur un roseau.
Kiwi regarda son chemin. Une tache bleue, une tache verte. C’était le début d’une longue promenade.
Kiwi et Toupie continuèrent près de l’eau. Le courant glissait sans bruit, sauf quand il rencontrait une pierre.
Une pierre ronde apparut sous les herbes.
« Trois ! » dit Kiwi.
Il peignit dessus un petit rond orange. La pierre ressemblait maintenant à un soleil couché.
Toupie vola plus bas.
« Regarde ! Là, il y en a quatre ! »
Quatre fleurs jaunes ouvraient leurs pétales entre les cailloux. Kiwi les compta une par une avec le bout de son pinceau.
« Une, deux, trois, quatre ! »
Puis il posa quatre petites touches jaunes sur le chemin. Elles brillèrent comme des miettes de lumière.
Le sentier devenait coloré. Pourtant, Kiwi avançait doucement. Il ne voulait écraser ni les fleurs ni les petites bêtes cachées dans l’herbe.
Soudain, cinq ronds argentés sautèrent à la surface de la rivière.
« Cinq poissons ! » s’écria Toupie.
Les poissons disparurent aussitôt, mais leurs cinq éclaboussures restèrent dans les yeux de Kiwi.
Il mélangea du bleu et du blanc, puis peignit cinq vagues sur le chemin.
« Elles bougent presque comme la rivière », murmura-t-il.
Toupie se posa sur sa palette.
« Peut-être que ton chemin sait nager. »
« Alors il faudra lui apprendre à voler », répondit Kiwi.
Ils rirent tous les deux, et l’eau emporta leur rire vers les grands arbres.
Le soleil monta doucement. Sur les branches, les feuilles faisaient une ombre fraîche.
Sous cette ombre, Kiwi découvrit six petites coquilles vides, rangées comme une famille.
« Six ! »
Il les posa en ligne, sans les déplacer trop loin, puis ajouta six touches violettes entre elles.
Toupie compta avec lui en touchant chaque couleur du bout d’une aile.
« Un, deux, trois, quatre, cinq, six. »
Plus loin, une grande pierre plate servait de pont à une file de fourmis. Il y en avait sept.
« Sept fourmis en voyage », dit Kiwi.
Il attendit qu’elles passent toutes. Ensuite, il peignit sept petits traits rouges sur le bord du sentier.
Une brise légère remua son béret.
« Le vent veut peut-être venir aussi », dit Toupie.
« Il peut porter les odeurs de peinture. »
Ils avancèrent encore. Au-dessus des herbes, huit libellules bleues dansaient avec Toupie. Elles tournaient, montaient, descendaient, puis se posaient toutes ensemble sur une branche.
Kiwi leva son pinceau.
« Huit ! »
Il choisit un bleu clair et peignit huit ailes minuscules sur le chemin.
Les couleurs formaient maintenant une longue rivière de peinture. Elle suivait la vraie rivière, entre les herbes, les pierres et les fleurs.
Toupie regarda les marques.
« On dirait que la terre se souvient de tous tes pas. »
« Ou qu’elle invente une histoire », répondit Kiwi.
L’après-midi approchait. La rivière brillait comme un long ruban.
Sur le sable humide, Kiwi trouva neuf empreintes de pattes. Elles appartenaient sûrement à un héron, passé là avant eux.
« Neuf ! » dit Kiwi, en suivant les traces sans les toucher.
Il peignit neuf petits points dorés près des empreintes. Toupie les éclaira de ses ailes transparentes.
Enfin, le chemin arriva devant un grand saule. Ses branches descendaient presque jusqu’à l’eau. Entre les racines, dix feuilles de formes différentes étaient tombées. Elles étaient surtout vertes et jaunes, avec quelques touches brunes.
« Dix ! » souffla Kiwi.
Il les compta lentement, puis posa dix touches de peinture, une près de chaque feuille.
Le chemin était terminé.
De un à dix, il serpentait au bord de la rivière. Il passait par les roseaux, les pierres, les fleurs, les poissons, les coquilles, les fourmis et les libellules. Toutes les rencontres de la journée y avaient laissé une couleur.
Kiwi s’assit sur une racine. Une goutte de peinture jaune glissa de son pinceau jusqu’au bout de son bec.
Toupie se posa sur son béret.
« Et maintenant, où va ton chemin ? demanda-t-elle.
Kiwi regarda la rivière. Puis il regarda les collines, tout au loin.
« Peut-être jusqu’à la forêt. Peut-être jusqu’à la prochaine saison. »
Une feuille tourna dans le vent et se posa sur la première couleur.
Kiwi sourit.
« Demain, nous recommencerons à compter. »
La rivière continua son voyage, et le chemin coloré resta là, tranquille, de un à dix.
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