Kiwi et la boîte à murmures

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Un matin de fin d’été, Kiwi se promenait dans la forêt avec son chevalet sous l’aile. Il était petit, rond et duveteux, avec un béret rouge posé de travers et une blouse tachée de jaune, de bleu et de vert. Il cherchait une jolie couleur pour peindre les feuilles qui commençaient à roussir. Soudain, son bec cogna contre quelque chose. Toc ! Sous un tapis de mousse dormait une petite boîte en bois vert pâle. Un tourbillon argenté était gravé sur son couvercle. Kiwi souleva le couvercle. Une voix minuscule s’échappa. « Je voudrais une chanson, mais je ne sais plus chanter… » Kiwi regarda autour de lui. Personne. Puis une deuxième voix chuchota : « J’aimerais courir, mais mes pattes sont toujours fatiguées… » Une troisième soupira : « Je voudrais inventer un jeu, mais je n’ai aucune idée… » Kiwi referma vite la boîte. Les murmures continuèrent, tout doux, comme des feuilles froissées. Lila la luciole arriva en faisant danser sa petite lumière dorée. Moka le mulot sortit d’un trou entre deux racines. « Qu’est-ce que tu as trouvé ? » demanda Moka. Kiwi leur montra la boîte. « Elle contient les murmures des animaux de la forêt. Peut-être que chacun a besoin d’un peu d’aide. » Lila fit briller son ventre. « Alors, écoutons bien. »

Le premier murmure les mena près du ruisseau. Là, une grive était assise sur une pierre, le bec entrouvert, mais aucun son ne sortait. « Je connais mille chansons, expliqua-t-elle, pourtant ma voix se cache dès que je veux chanter. » Kiwi réfléchit. Il prit son pinceau et peignit une petite portée sur une feuille sèche. Puis il dessina des ronds, des spirales et des points. « Tu peux commencer par choisir une forme, dit-il. Un rond peut faire une chanson qui tourne. Une ligne peut faire une chanson qui voyage. » La grive observa la feuille. Elle choisit une spirale. « La, la, la… » Sa voix trembla, puis s’envola doucement au-dessus de l’eau. Lila l’accompagna d’une petite lumière qui clignotait en rythme. Moka tapa des pattes sur un caillou. La grive ne chantait pas fort, mais sa mélodie était claire et fraîche. Elle sourit. « Je croyais que je devais retrouver mon ancienne chanson. En fait, je pouvais en commencer une nouvelle. » Dans la boîte, le murmure devint un petit tintement joyeux. Le deuxième chuchotement les conduisit sous un grand noisetier. Un écureuil y était allongé, les pattes croisées sur le ventre. « Je voudrais courir jusqu’au sommet, soupira-t-il, mais je suis trop fatigué. » Moka regarda le tapis de feuilles. « Et si le chemin devenait plus court ? »

Moka rassembla des brindilles et les posa en petites marches autour du tronc. Kiwi peignit des flèches sur les feuilles. Lila éclaira les endroits où l’écorce formait de jolies prises. L’écureuil grimpa lentement. Une marche, puis une autre. Il s’arrêta souvent pour respirer. Personne ne le pressait. Arrivé sur une branche basse, il découvrit une poignée de noisettes mûres. Il en rapporta une pour chacun. « Je n’avais pas besoin d’aller vite, dit-il. J’avais besoin d’un chemin à ma taille. » Le murmure dans la boîte se transforma en un doux froissement de feuilles. Le dernier murmure semblait venir de partout à la fois. Ils marchèrent jusqu’à une clairière. Là, les animaux se tenaient en cercle. Un hérisson regardait une grande toile d’araignée, une grenouille fixait des cailloux, et deux lapins faisaient rouler des pommes de pin sans savoir quoi en faire. « Nous voulons jouer ensemble, murmura le hérisson, mais nous ne trouvons pas de jeu qui convienne à tous. » Kiwi observa la clairière. Il prit une longue feuille, un peu de ficelle et quelques brindilles. Avec Moka, il fabriqua une petite roue à idées. Sur chaque rayon, il dessina une action : chercher, écouter, lancer, cacher, compter. Lila fit tourner la roue en agitant doucement ses ailes. La flèche s’arrêta sur « chercher ». « Cherchons les couleurs de la forêt ! » proposa Kiwi. Les animaux partirent par petits groupes. Certains trouvèrent une plume grise, d’autres une baie rouge, une mousse brillante ou une pierre blanche.

Quand tous revinrent, Kiwi étala les trouvailles sur une grande feuille. Les couleurs formaient une drôle de peinture : rouge comme une baie, gris comme une plume, blanc comme une pierre, vert comme la mousse. Les animaux ajoutèrent leurs propres dessins. La grenouille fit des ronds avec ses pattes. Le hérisson imprima de minuscules traces. Les lapins décorèrent les coins avec des étoiles. Puis chacun proposa une règle simple pour le jeu suivant. On pouvait chercher à deux, attendre les plus lents, changer d’idée et rire si la feuille se froissait. La boîte à murmures resta silencieuse un instant. Ensuite, son couvercle s’ouvrit tout seul. Un souffle chaud en sortit, parfumé de terre et de feuilles. Tous les petits soucis s’envolèrent comme des graines légères. Ils ne disparurent pas vraiment. Ils devinrent des idées : une chanson nouvelle, un chemin plus court, un jeu à plusieurs. Kiwi regarda son pinceau. « La forêt avait déjà toutes les couleurs », dit-il. « Il fallait seulement les écouter. » Le soleil descendait entre les branches. Kiwi rentra chez lui avec Lila et Moka. La boîte reposait dans son panier, bien fermée. De temps en temps, elle faisait entendre un minuscule murmure. Alors Kiwi souriait, prenait une feuille, et cherchait avec ses amis une idée joyeuse à peindre.

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