Kiwi et la cabane aux échos
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Au bord de la forêt, quand les feuilles devenaient dorées et que l’air sentait la terre douce, Kiwi peignait près d’un vieux sentier. C’était un petit oiseau kiwi rond et duveteux, avec un long bec clair, un béret rouge et une blouse blanche tachée de bleu, de jaune et de vert. Ce matin-là, il peignait un rayon de soleil entre deux chênes.
Soudain, il aperçut une petite cabane qu’il n’avait jamais vue. Elle était faite de planches grises, avec une porte ronde et une fenêtre en forme d’étoile.
Kiwi n’entra pas tout seul. Il alla chercher sa maman, qui l’accompagna jusqu’à la cabane. Elle resta près de la porte pendant que Kiwi la poussait doucement.
« Bonjour ! »
« Bonjour ! » répondit la cabane.
Kiwi se retourna. Personne.
« Tu as parlé ? »
« Tu as parlé ? » répéta la cabane.
Kiwi ouvrit grand les yeux, puis il éclata de rire.
Rien ne répondit.
Il rit encore, plus fort. La cabane répéta seulement : « Encore, plus fort. »
Kiwi resta immobile. Son rire, d’habitude rond et sautillant, semblait s’être envolé par la fenêtre.
Sur une étagère, une vieille lanterne en cuivre clignota. Elle avait un verre bleu et une petite poignée tordue.
« Je m’appelle Bulle, dit-elle. Cette cabane répète les mots, mais elle ne peut pas garder un rire qui ne sait pas où aller. »
« Où est passé le mien ? demanda Kiwi.
« Dans la forêt, peut-être. Les sons aiment voyager. »
Kiwi serra son pinceau. Il allait partir à sa recherche quand une petite souris grise entra sous la porte.
« Je m’appelle Mimo, dit-elle. J’ai entendu ton rire courir vers les fougères. »
Alors Kiwi, Mimo et Bulle quittèrent la cabane, tandis que maman Kiwi les attendait près du sentier.
Ils suivirent un chemin couvert de feuilles. Mimo avançait le nez près du sol. Kiwi regardait entre les branches. Bulle flottait derrière eux, éclairant les endroits ombragés d’une lueur tranquille.
« Rire, rire, où es-tu ? » appela Kiwi.
Les arbres frémirent.
« Où es-tu ? » répétèrent les feuilles.
Kiwi s’arrêta, plein d’espoir. Mais ce n’était pas son rire. C’était le vent qui jouait dans les branches.
Plus loin, un ruisseau bavardait sur les cailloux.
« Est-ce que tu as vu mon rire ? demanda Kiwi.
« Glouglou, je n’ai vu passer qu’une plume », répondit le ruisseau.
Une plume brune tournoyait à la surface de l’eau. Kiwi la ramassa et la glissa dans son béret.
Au pied d’un grand hêtre, ils trouvèrent un merle qui chantait.
« As-tu entendu un rire ? demanda Mimo.
Le merle pencha la tête. Il chanta une note claire, puis se tut.
« J’ai entendu quelque chose près du vieux pont. Mais je n’ai pas écouté longtemps. Je voulais finir ma chanson. »
Kiwi voulut courir vers le pont. Pourtant, Mimo leva une patte.
« Attendons. Il y a peut-être autre chose à entendre. »
Alors ils restèrent silencieux.
Ils entendirent le ruisseau sous les pierres, les petites pattes d’un écureuil sur l’écorce, le souffle de Bulle, et même le tic-tic d’une graine qui tombait dans l’herbe.
Puis, tout doucement, un son rond monta derrière un buisson.
« Hi… hi… »
Kiwi écarquilla les yeux.
« C’est mon rire ! »
Le son recommença, mais s’éloigna aussitôt vers le vieux pont.
Sous le vieux pont, l’eau brillait comme un ruban. Mimo passa sa tête entre les racines. Bulle éclaira une touffe de mousse. Kiwi regarda derrière une pierre, puis sous une branche.
« Hi… hi… » fit le rire.
Cette fois, il venait d’un petit creux dans le tronc d’un arbre penché. À l’intérieur, un minuscule écho tremblait comme une bulle de savon.
« Pourquoi t’es-tu caché ? demanda Kiwi avec douceur.
L’écho répondit d’une voix presque inaudible : « Trop de bruit… »
Mimo comprit. Le matin, Kiwi avait appelé très fort. Le rire avait roulé entre les troncs, puis il s’était retrouvé coincé dans le creux de l’arbre. Depuis, il n’osait plus sortir.
Kiwi s’assit dans les feuilles.
« Je suis désolé. Je ne t’avais pas écouté. »
Mimo posa ses petites pattes sur l’écorce.
« Tu peux sortir quand tu veux. Nous resterons tranquilles. »
Bulle baissa sa lumière jusqu’à devenir un petit point doré.
Alors la forêt écouta. Le ruisseau ralentit son glouglou. Le merle garda son chant dans son bec. Même le vent se fit léger.
Dans ce grand silence, le petit écho sortit du tronc. Il tourna autour de Kiwi, de Mimo et de Bulle comme une plume joyeuse.
Kiwi sourit. Il ne rit pas tout de suite. Il écouta d’abord le son de Mimo, un petit couinement amusé. Il écouta Bulle faire tinter sa poignée. Il écouta le merle reprendre une note claire.
Alors un rire lui monta dans la poitrine. Il était doux, puis plus rond, puis plein de soleil.
« Hi hi hi ! »
L’écho répondit : « Hi hi hi ! »
Et la forêt répondit à son tour, avec l’eau, les feuilles et les ailes du merle.
Quand ils revinrent à la cabane, le ciel devenait rose entre les branches. Maman Kiwi les attendait près de la porte. Kiwi entra le premier.
« Nous sommes revenus », dit-il.
« Nous sommes revenus », répondit la cabane.
Kiwi inspira. Il entendit le rire caché près de son épaule, Mimo qui trottinait, et Bulle dont la poignée faisait doucement cling.
« Merci », dit-il.
« Merci », répéta la cabane.
Cette fois, Kiwi rit. Son rire bondit contre les murs, passa par la fenêtre en étoile et revint avec tous les autres sons de la forêt.
« Hi hi hi ! »
« Hi hi hi ! » répondirent Mimo et Bulle.
La cabane ajouta : « Hi hi hi ! »
Kiwi sortit ses pinceaux. Il peignit la cabane, le pont, le ruisseau et les arbres qui savaient écouter. Il peignit aussi une petite bulle dorée, juste à côté de lui.
Mimo choisit une tache jaune pour le soleil. Bulle éclaira le coin le plus sombre du tableau.
Quand la nuit douce arriva, Kiwi accrocha la peinture au mur de la cabane.
Depuis ce jour, les amis revinrent souvent. Parfois, ils parlaient beaucoup. Parfois, ils se taisaient longtemps. Et parfois, un son nouveau apparaissait entre eux : un rire, une chanson, un murmure ou le simple froissement d’une feuille.
La cabane ne répétait jamais tout à fait pareil.
Elle ajoutait toujours un petit quelque chose qu’ils n’avaient pas entendu seuls.
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