6-9 ans

Kiwi et la forêt des échos doux

Un matin, Kiwi suit sa chanson dans la forêt et découvre qu’elle est devenue le début d’un tableau sonore.

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Au matin, Kiwi ouvrit les yeux dans son petit nid de feuilles. Il était rond et duveteux, avec des plumes brunes comme la terre chaude. Sur sa tête, son béret rouge penchait d’un côté. Sa blouse, tachée de bleu, de jaune et de vert, gardait les traces de ses peintures de la veille.

Kiwi aimait peindre. Il peignait les flaques après la pluie, les nuages qui changeaient de forme et les feuilles qui dansaient au-dessus de sa tête. Mais ce matin-là, il avait envie de peindre une chanson.

Il sortit devant son atelier, prit une grande inspiration et chanta une petite mélodie douce.

« La, la, la… bonjour les arbres, bonjour le ciel ! »

Sa voix partit entre les troncs. Puis elle revint.

« La, la, la… bonjour les arbres, bonjour le ciel ! »

Kiwi se retourna, tout étonné. L’écho ne ressemblait pas à sa voix. Il ressemblait au rire d’un merle.

Kiwi chanta encore. Cette fois, l’écho prit la voix d’une grenouille. Puis celle d’un lièvre. Puis un drôle de petit couinement.

« Mais qui chante à ma place ? » demanda Kiwi.

Une touffe rousse bougea derrière un buisson. Plume, le petit renard, en sortit avec une feuille collée sur le museau.

« Je ne sais pas, dit-il. Mais les sons viennent du cœur de la forêt. Allons voir. »

Kiwi attrapa son pinceau porte-bonheur. Ensemble, ils suivirent les échos doux.

Le sentier descendait entre les fougères. À chaque pas, un nouveau son revenait.

« Coucou ! » fit l’écho, avec la voix d’un écureuil.

Un écureuil apparut sur une branche et agita sa queue.

« Je n’ai pas dit coucou, moi. J’ai seulement appelé ma sœur. »

Plus loin, l’écho fit « ploc, ploc », comme deux gouttes tombant dans une mare. Une grenouille verte leva la tête.

« Ce n’est pas moi non plus, coassa-t-elle. La mare est silencieuse depuis ce matin. »

Kiwi et Plume avancèrent encore. Les feuilles devenaient dorées. L’air sentait la mousse et les pommes sauvages. Au-dessus d’eux, des rubans de sons flottaient entre les branches : un chant d’oiseau, un petit grognement, le froissement d’ailes et même le rire clair d’un ruisseau.

Soudain, ils arrivèrent dans une clairière ronde. Au milieu se dressaient trois grands arbres, un chêne, un bouleau et un vieux hêtre. Leurs branches s’entremêlaient comme des bras qui se tenaient la main.

Mais un coin de la clairière était tout gris et silencieux. Là, aucune feuille ne bougeait. Aucun oiseau ne chantait.

Le vieux hêtre murmura :

« Nous essayons de composer un tableau sonore avec les voix de la forêt. Chaque son a trouvé sa place, sauf un. Sans lui, notre chanson reste incomplète. »

« Quel son manque ? » demanda Plume.

Le hêtre fit craquer doucement son écorce.

« La voix de celui qui n’ose pas parler. »

Kiwi regarda autour de lui. Sous une racine, il aperçut deux petites oreilles tremblantes.

« Bonjour, dit-il sans s’approcher trop près. Nous cherchons une voix. Peut-être que tu peux nous aider. »

Un mulot sortit lentement. Il tenait entre ses pattes une minuscule graine.

« Ma voix est trop petite, chuchota-t-il. Elle ne fera jamais un joli son. »

Plume s’assit dans l’herbe.

« Nous n’avons pas besoin d’un son grand. Nous avons besoin de ton son à toi. »

Kiwi eut une idée. Il prit une feuille large et la posa contre le sol, comme une petite scène.

« Tu peux essayer ici. Personne ne se moquera. Nous écouterons avec nos oreilles et avec notre cœur. »

Le mulot inspira. Il fit d’abord un minuscule « pi ». Puis un autre, un peu plus long.

« Pi… pi… »

La feuille vibra. Une branche du bouleau frissonna. Le ruisseau, caché derrière les pierres, répondit par un filet d’eau claire.

Alors la grenouille ajouta « ploc ». L’écureuil fit « coucou ». Un merle lança trois notes brillantes. Plume frotta doucement sa queue contre les feuilles sèches. Kiwi reprit sa mélodie.

Le petit son du mulot resta au centre. Il n’était pas le plus fort. Il était comme une petite étoile au milieu du ciel.

Les arbres se mirent à balancer leurs branches. Les voix se mêlèrent sans se pousser. La forêt entière semblait respirer en musique.

Kiwi ouvrit grand les yeux. La chanson était devenue immense, mais elle restait douce. Elle montait dans les branches, glissait sur les pierres et tournait autour des troncs.

Chaque voix avait sa couleur.

Le chant du merle brillait comme du jaune. Le rire de la grenouille ressemblait à du vert. Le souffle de Plume était orange, et le petit « pi » du mulot, rose pâle.

Kiwi sortit une grande toile de sa sacoche. Il trempa son pinceau dans le bleu, puis dans le rouge, le brun, le vert et l’or. Il peignit ce qu’il entendait : des lignes qui dansaient, des points qui sautillaient et de grands cercles autour des arbres.

Quand le tableau fut terminé, le soleil descendait derrière les collines. Les feuilles dorées semblaient applaudir en frémissant.

Le mulot s’approcha de la peinture.

« On entend vraiment ma voix ? »

« Oui, répondit Kiwi. Elle est juste là. Sans elle, le tableau aurait eu un trou. »

Le petit mulot sourit. Il n’avait plus besoin de se cacher sous la racine.

Plume regarda la toile, puis la forêt.

« Tu crois que les échos reviendront demain ? »

Le vieux hêtre fit doucement chanter ses feuilles.

« Tant que chacun apporte sa voix, la forêt saura les faire voyager. »

Kiwi posa son pinceau sur son oreille.

Sur le chemin du retour, il chanta sa petite mélodie. Cette fois, son écho revint avec toutes les voix de ses nouveaux amis.

Et, dans la lumière du soir, la forêt répondit en chœur, tout doucement.

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