6-9 ans
Kiwi et la forêt des ombres douces
Un matin, Kiwi découvre que les ombres des arbres se sont mélangées et que les animaux ne retrouvent plus leur chemin.
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Au matin, la forêt brillait comme une feuille après la pluie. Pourtant, quelque chose n’allait pas. Les ombres des arbres avaient glissé les unes dans les autres. Celle du grand chêne s’étirait près du ruisseau. Celle du saule se cachait sous les fougères. Même l’ombre ronde du vieux rocher avait pris le chemin des baies rouges.
Les animaux tournaient en rond.
« Je cherche mon terrier depuis l’aube », soupira Mimo le mulot.
« Et moi, je ne retrouve plus mon nid », couina une mésange.
Kiwi, le petit oiseau rond et duveteux, regarda autour de lui. Son béret rouge penchait sur son front. Sa blouse était tachée de jaune, de bleu et de vert, car Kiwi était peintre.
Il sortit son pinceau.
« Ne vous inquiétez pas. Nous allons remettre la forêt en ordre. »
Pimprenelle la fougère frissonna doucement.
« Les ombres ne sont pas perdues, expliqua-t-elle. Elles se sont seulement trompées de place. »
Kiwi observa les taches sombres sur le sol. Il remarqua qu’elles ressemblaient à des morceaux de feuilles, à des plumes, à des vagues.
« Il faut leur rappeler à qui elles appartiennent », dit-il.
Kiwi et Mimo suivirent une longue ombre jusqu’au ruisseau. Elle tremblait sur l’eau, puis grimpait sur une pierre.
« C’est l’ombre du saule », dit Mimo. « Regarde ses petites pointes. On dirait des rubans. »
Kiwi ouvrit sa boîte de peinture. Il mélangea du bleu avec une goutte de violet, puis dessina sur un galet trois petits rubans colorés.
Il posa le galet près de l’ombre.
Aussitôt, l’ombre frissonna. Elle se déplia, traversa le ruisseau et retourna sous le saule. Les branches du vieil arbre semblèrent danser.
« Une forme suffit parfois à montrer le chemin », murmura Pimprenelle.
Ils continuèrent. Près d’un buisson, une ombre toute ronde roulait comme une bille.
« Celle-ci doit être au vieux rocher », devina Mimo.
Kiwi peignit un cercle gris avec un petit point blanc au milieu. Le cercle se mit à glisser sur la mousse. Il rejoignit le rocher et s’y installa avec un doux soupir.
Bientôt, les animaux vinrent aider. La mésange apporta des plumes bleues. L’écureuil trouva des glands brillants. Le lapin ramassa des pétales tombés.
Chacun regardait les ombres avec attention.
« Celle-là ressemble à une feuille de chêne », dit la mésange.
« Et celle-ci a des oreilles de lapin », ajouta l’écureuil.
Kiwi peignait de petites formes. Mimo les portait d’un endroit à l’autre dans une coquille vide.
Mais il restait une grande ombre, large et douce comme une couverture. Elle couvrait le sentier qui menait à la clairière. Personne ne savait à quel arbre elle appartenait.
Kiwi s’assit dans l’herbe. Il posa son pinceau sur ses genoux.
« Je ne trouve pas sa forme », dit-il.
Mimo se rapprocha.
« Alors, ne la cherche pas tout seul. Écoutons. »
Tous les animaux se turent. La forêt parla avec ses petits bruits. On entendit le vent dans les feuilles, l’eau contre les cailloux et le froissement lent des branches.
Pimprenelle fit bouger ses longues frondes.
« Cette ombre sent la terre humide et les feuilles rousses », dit-elle.
Kiwi leva les yeux. Au-dessus d’eux se dressait un grand arbre dont les branches formaient une couronne. C’était le hêtre de la clairière, l’arbre qui changeait le plus avec les saisons. Au printemps, ses feuilles étaient tendres. En été, elles faisaient une ombre fraîche. En automne, elles devenaient cuivrées.
« Son ombre a toutes les saisons dedans ! » s’écria Mimo.
Kiwi sourit. Il peignit quatre petites formes sur quatre galets : une pousse verte, un soleil jaune, une feuille cuivrée et un flocon blanc.
Les animaux posèrent les galets autour de la grande ombre. Alors elle se souleva comme un tissu léger. Elle passa entre les troncs, remonta jusqu’au hêtre et se glissa sous sa couronne.
Le sentier apparut de nouveau, clair et tranquille.
Quand la dernière ombre retrouva sa place, la forêt sembla respirer. Le ruisseau coula dans son lit. Les chemins se séparèrent comme des rubans. Chaque nid, chaque terrier et chaque tanière redevint facile à trouver.
La mésange retrouva son nid dans le bouleau. Le lapin reconnut son buisson. Mimo découvrit enfin son petit terrier, caché sous une racine.
« Veux-tu venir boire une goutte de rosée chez moi ? » demanda-t-il à Kiwi.
« Avec plaisir », répondit Kiwi.
Avant de partir, Kiwi accrocha ses quatre galets peints à une branche basse du hêtre. Le vent les fit tinter doucement.
Pimprenelle inclina ses frondes.
« Maintenant, les ombres se souviendront de leurs couleurs. »
Kiwi regarda sa blouse. Elle était encore plus tachée qu’au début. Une tache verte ressemblait à une feuille, une bleue à un petit ruisseau, et une orange à un soleil couchant.
« Je crois que la forêt m’a peint aussi », dit-il.
Mimo rit. Puis ils partirent côte à côte, le mulot trottinant et le petit kiwi sautillant.
Le soir venu, les ombres s’allongèrent tranquillement sous les arbres. Elles ne se mélangèrent pas. Elles dansèrent seulement un peu, au rythme du vent.
Et dans la forêt, chacun retrouva son chemin, avec un ami près de lui.
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