Kiwi et la rivière de lumière

Lire le texte de l’histoire

Le soir descendait doucement sur la forêt. Les feuilles prenaient des couleurs de miel, de cuivre et de rose. Kiwi, un petit kiwi rond et duveteux, avançait entre les hautes herbes. Il portait son béret rouge et sa blouse crème, couverte de taches bleues, jaunes et vertes. Sous son aile, il tenait un petit pinceau.

Kiwi aimait peindre ce qu’il voyait. Ce soir-là, il cherchait une belle feuille à dessiner quand une lueur glissa entre les herbes.

Il écarta les brins avec son long bec. Devant lui coulait une rivière fine et tranquille. Elle ne reflétait pas le ciel. Elle brillait de l’intérieur, comme si des étoiles nageaient sous l’eau.

Kiwi resta bouche ouverte.

« Quelle merveille ! » murmura-t-il.

Mais soudain, une brise passa sur la rivière. Les petits éclats de lumière se détachèrent de l’eau et s’envolèrent dans la forêt. Ils sautillèrent sur les pierres, brillèrent dans les fougères, puis disparurent entre les troncs.

La rivière devint presque grise.

« Oh non… Elle a perdu ses reflets. »

Une petite lumière dorée descendit d’une branche. C’était Luma la luciole. Pipo le mulot sortit d’un terrier voisin, le nez couvert de terre.

« Nous pouvons les chercher ensemble », dit Luma.

« Et les rapporter dans des coquilles de noisette », ajouta Pipo.

Kiwi serra son pinceau contre lui.

« Alors, allons-y. La rivière ne doit pas rester triste. »

Le premier reflet brillait au creux d’une fougère. Il tremblait comme une goutte de lune.

Luma éclaira les feuilles. Pipo se glissa dessous, mais le reflet roula plus loin, sur une mousse épaisse.

« Doucement », chuchota Kiwi. « Il ne faut pas lui faire peur. »

Il posa son pinceau devant la lumière. Le reflet s’y accrocha comme une minuscule perle. Kiwi le déposa dans une coquille de noisette, que Pipo poussa jusqu’au bord du chemin.

« Un de retrouvé ! » dit Pipo.

Un peu plus loin, ils entendirent un tintement léger. Le deuxième reflet était coincé sous une racine. Pipo creusa avec ses petites pattes. La terre était souple, mais la racine formait un toit bas.

« Je suis trop grand pour passer », soupira Kiwi.

Luma vola jusqu’à une feuille tombée.

« Et si nous fabriquions un petit radeau ? »

Kiwi choisit une longue feuille de châtaignier. Il la plia en deux et la posa sur le sol. Pipo poussa la feuille sous la racine. Le reflet glissa dessus, sans se salir, jusqu’à la sortie.

Il rejoignit le premier dans la coquille de noisette. Les deux lumières dansèrent ensemble.

Kiwi sourit. Il commençait à comprendre que chaque petit geste comptait.

Alors ils continuèrent leur chemin. Luma cherchait les éclats dans les branches. Pipo écoutait leurs tintements. Kiwi avançait avec sa coquille bien calée entre ses ailes.

Bientôt, ils arrivèrent dans une clairière. Le vent y avait dispersé les plus grands reflets. L’un brillait sur une toile d’araignée, sans araignée autour. Un autre flottait au-dessus d’une flaque. Le dernier s’était posé dans un buisson de ronces, juste assez haut pour être difficile à atteindre.

« Celui-là me semble chatouilleux », dit Pipo en regardant les épines.

Kiwi réfléchit. Puis il retira doucement son béret rouge.

« Nous allons lui offrir un chemin. »

Il plaça son béret sous le buisson. Pipo tira une brindille pour écarter les ronces. Luma éclaira le passage. Le reflet descendit lentement, tourna sur lui-même, puis tomba dans le béret comme une goutte d’or.

« Merci », murmura Kiwi au buisson en remettant son béret.

Pour le reflet de la toile d’araignée, Luma demanda au vent de souffler tout doucement. La toile trembla, et la lumière se posa sur une feuille. Pipo la fit glisser dans une seconde coquille.

Le reflet de la flaque était plus malin. Chaque fois que Kiwi approchait, il sautait de l’autre côté.

« Il joue à cache-cache », dit Pipo.

Kiwi trempa son pinceau dans l’eau et traça un petit cercle autour de la flaque. Le reflet vit son éclat dans le cercle et s’en approcha, curieux. Pipo poussa alors une feuille comme une barque. Le reflet monta dessus.

Ils avaient retrouvé tous les éclats.

La forêt semblait maintenant semée de minuscules lunes. Dans les coquilles, le béret et sur la feuille, les lumières frémissaient avec douceur.

« Rentrons », dit Luma. « La rivière nous attend. »

Ils retrouvèrent la rivière entre les hautes herbes. Elle semblait attendre en silence.

Kiwi posa les coquilles au bord de l’eau. Pipo déposa la feuille. Luma se plaça au-dessus du courant.

« Un, deux, trois », compta-t-elle.

Kiwi inclina la première coquille. Pipo poussa la feuille. Les reflets glissèrent dans la rivière.

Aussitôt, l’eau se mit à scintiller. Les petites lumières filèrent sous la surface, puis remontèrent en longs rubans dorés. Elles dansèrent autour des pierres, éclairèrent les roseaux et dessinèrent des chemins brillants jusqu’au cœur de la forêt.

La rivière avait retrouvé son doux éclat.

Kiwi sortit son carnet de peinture. Il s’assit près de l’eau et peignit la scène. Il peignit Luma comme une étoile minuscule, Pipo comme une petite ombre courageuse, et la rivière comme un ruban vivant.

« Tu nous as gardés une place ? » demanda Pipo.

« Bien sûr », répondit Kiwi. « Sans vous, mon tableau serait tout blanc. »

Luma se posa sur son pinceau. Sa lumière fit briller la pointe de couleur.

La nuit était maintenant douce et claire. Dans les hautes herbes, les trois amis restèrent un moment sans parler. Ils regardèrent la rivière porter ses reflets, tranquillement, jusqu’aux arbres endormis.

Puis Pipo bâilla. Luma clignota. Kiwi referma son carnet.

Ils rentrèrent côte à côte, guidés par la lumière qui coulait derrière eux.

Et, cette nuit-là, dans toute la forêt, les rêves eurent la couleur de l’eau brillante.

D’autres histoires à lire