Kiwi et la rivière qui dessinait

Un matin, Kiwi découvre une rivière brillante qui sait tout dessiner, sauf le joli poisson qu’elle a perdu.

Kiwi, coiffé de son béret rouge, peint près d’une rivière qui dessine une étoile, une feuille et un nuage.

Un matin de printemps, Kiwi sortit de son petit atelier au bord de la forêt. Il portait son béret rouge et sa blouse tachée de jaune, de bleu et de vert. Sous ses plumes rondes et duveteuses, il tenait un pinceau aussi long que son aile.

Devant lui, la rivière chantait entre les pierres. Elle brillait comme un ruban de verre. Ici, elle dessinait une étoile. Là, une feuille. Un peu plus loin, elle traçait un grand nuage qui semblait flotter dans l’eau.

« Bonjour, jolie rivière ! dit Kiwi. Qu’est-ce que tu vas dessiner aujourd’hui ? »

La rivière frémit et partit en zigzag. Elle forma une fleur, puis une spirale, puis deux petites oreilles de lapin. Kiwi applaudit doucement.

Mais soudain, l’eau s’arrêta dans une flaque ronde. Elle remua, recommença, glissa entre trois cailloux… et ne fit rien d’autre qu’un trait tout tordu.

Kiwi inclina la tête.

« Tu voudrais dessiner quelque chose de précis ? »

La rivière fit des bulles. Kiwi sortit son carnet. Sur la première page, il y avait un poisson aux grandes nageoires et à la queue en éventail. C’était le dessin préféré de la rivière. Chaque matin, elle le traçait entre les pierres.

Aujourd’hui, le poisson avait disparu.

« Ne t’inquiète pas, murmura Kiwi. Nous allons le retrouver. »

Kiwi suivit la rivière jusqu’au vieux saule. Là, Mimo le castor construisait une petite passerelle avec des branches.

« Mimo, la rivière n’arrive plus à dessiner son poisson, expliqua Kiwi. Tu sais pourquoi ? »

Mimo posa sa branche et observa l’eau.

« Peut-être qu’elle a oublié le chemin de sa queue, dit-il. Regarde ! Une pierre a roulé ici. Une autre s’est coincée là. »

En effet, de gros cailloux barraient le passage. L’eau essayait de passer, mais elle tournait en rond.

Mimo se mit au travail. Avec ses dents solides, il déplaça une branche. Avec ses pattes, il poussa une pierre plate. Kiwi l’aida en faisant rouler les petits cailloux dans un panier.

Quand le passage fut libre, la rivière coula plus vite. Elle dessina d’abord une moustache, puis une botte, puis une longue ficelle.

« Ce n’est pas encore un poisson, remarqua Kiwi. Mais elle recommence à jouer. »

Une libellule bleue arriva en faisant des petits éclairs dans l’air. Ses ailes transparentes scintillaient au soleil.

« Je m’appelle Paillette, dit-elle. J’ai vu le poisson hier. Il commençait près du grand rocher, passait sous la fougère et finissait autour de la racine du saule. »

Elle vola au-dessus de la rivière pour montrer le chemin.

« La rivière a peut-être besoin de se souvenir de ses virages, proposa Paillette. »

Kiwi regarda les pierres, la fougère et la racine. Une idée lui vint.

Sous le vieux saule, Kiwi observe Mimo déplaçant des pierres tandis que Paillette montre le chemin de l’eau.

Kiwi ouvrit sa boîte de peinture. Il y trouva du bleu rivière, du vert mousse et une pointe d’or.

« Je ne vais pas peindre le poisson, dit-il. Je vais peindre les chemins qui l’aideront à revenir. »

Sur les pierres sèches, Kiwi traça de fins chemins bleus. Il en dessina un qui partait du grand rocher. Un autre passait sous la fougère. Un troisième tournait doucement autour de la racine du saule.

Mimo ajouta de petits barrages de brindilles. Paillette indiqua les passages les plus lumineux.

« Par ici, rivière ! Fais un petit tour. Puis glisse par là. »

L’eau toucha le premier trait de couleur. Elle suivit le chemin bleu, contourna le rocher et fila sous la fougère. Au deuxième chemin, elle frissonna comme si elle riait. Puis elle tourna autour de la racine.

Le dessin grandissait.

Une nageoire apparut entre deux pierres. Puis un ventre rond. Puis une queue en éventail. Enfin, la rivière ajouta un œil brillant avec une goutte de soleil.

Le poisson était là, plus beau que jamais.

Kiwi resta immobile, le pinceau levé. Mimo agita sa queue. Paillette fit trois tours dans le ciel.

« Il avait seulement besoin d’un peu d’espace, dit Mimo.

— Et d’un petit rappel, ajouta Paillette.

Kiwi sourit.

— Et de trois amis qui regardent bien. »

Kiwi peint des chemins bleus sur les pierres, pendant que Mimo place des brindilles et qu’un poisson apparaît.

Le soleil monta doucement dans le ciel. La rivière acheva son poisson, puis le fit nager entre les pierres. À chaque mouvement, ses écailles de lumière changeaient de couleur.

Kiwi s’assit sur la berge. Il rangea ses pinceaux et posa son béret à côté de lui. Mimo apporta trois noisettes. Paillette se posa sur une feuille de menthe.

Tous regardèrent le poisson danser.

Bientôt, la rivière recommença à dessiner. Elle fit un escargot, une plume, un petit bateau et même une drôle de chaussure. Le poisson resta au milieu, comme s’il surveillait les nouveaux dessins.

« Tu pourrais garder les chemins bleus, proposa Kiwi. Comme ça, tu les retrouveras quand les pierres bougeront. »

La rivière murmura contre les cailloux. Puis elle envoya une minuscule vague sur la patte de Kiwi.

« Je crois qu’elle est d’accord », dit Mimo.

Kiwi trempa son pinceau dans une goutte d’eau dorée et ajouta un minuscule point près de la queue du poisson. Le point scintilla.

Quand l’après-midi arriva, chacun rentra chez soi. Mimo repartit vers sa passerelle. Paillette suivit les rayons du soleil. Kiwi retourna à son atelier, le cœur léger.

Le lendemain matin, il revint près de la rivière.

Le poisson était toujours là.

Et juste à côté, l’eau avait dessiné un petit oiseau rond, avec un béret rouge et un pinceau dans l’aile.

La rivière dessine un poisson lumineux ; Kiwi, Mimo et Paillette l’observent paisiblement près des noisettes.

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