Kiwi et le jardin à l’envers
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Un matin de printemps, Kiwi ouvrit les yeux dans son petit atelier. Il était rond, duveteux, et portait déjà son béret rouge ainsi que sa blouse tachée de jaune, de bleu et de vert. Sur la table, ses pinceaux frémissaient dans un pot. Kiwi aimait peindre les choses comme il les voyait, ou comme il les imaginait. Ce matin-là, il sortit chercher un coin tranquille pour finir le portrait d’une poire. Mais, derrière la haie, il découvrit un jardin très étrange. Les fleurs poussaient dans le ciel, leurs tiges flottant comme des rubans. Les escargots avançaient lentement sur de gros nuages blancs. Les carottes avaient leurs fanes sous la terre et leurs racines dressées vers le soleil. Même la mare coulait en l’air, goutte après goutte, sans jamais tomber. « Oh là là, murmura Kiwi. Le jardin est à l’envers ! » Une petite souris grise sortit d’un arrosoir. Elle portait une plume coincée derrière l’oreille. « Je m’appelle Plume, dit-elle. Je cherche ma maison depuis l’aube. Elle était près du vieux pommier, mais le pommier est maintenant sous le chemin. » Kiwi regarda autour de lui. Tout le monde semblait chercher sa place.
Plume conduisit Kiwi jusqu’au milieu du jardin. Une abeille tournait en rond autour d’une fleur suspendue. « Je ne trouve plus le chemin de mon champ, bourdonna-t-elle. » Plus loin, un escargot s’était arrêté sur un nuage. « Ma feuille de salade flotte quelque part, soupira-t-il. » Kiwi voulut remettre chaque chose à sa place. Il prit une fleur par la tige, mais elle se mit à chanter si joliment qu’il la lâcha aussitôt. Il poussa doucement une carotte vers la terre. La carotte remonta dans le ciel en faisant trois pirouettes. « Si on redresse tout trop vite, on risque de mélanger encore davantage le jardin », dit Plume. Kiwi réfléchit. Puis il ouvrit sa boîte de peinture. « Je peux dessiner un chemin. Peut-être que chacun retrouvera son endroit en le suivant. » Il choisit le rouge pour les fleurs, le vert pour les légumes, le bleu pour l’eau et le jaune pour les petits habitants. Avec un large pinceau, il peignit une ligne souple sur le sol, qui montait ensuite le long d’un nuage, traversait un rayon de soleil et redescendait près du vieux pommier.
La première à essayer fut l’abeille. Elle suivit la trace jaune, passa entre deux nuages et retrouva son champ de lavande. Aussitôt, les fleurs du ciel se tournèrent vers elle, comme si elles respiraient mieux. L’escargot avança ensuite sur la ligne bleue. Le chemin descendait en douceur jusqu’à une grande feuille de salade, posée au bord de la mare flottante. « Merci, Kiwi, dit-il. Je savais bien que ma salade ne pouvait pas être partie très loin. » Les carottes suivirent la ligne verte. Une à une, elles replongèrent dans la terre, en laissant leurs fanes danser au-dessus du sol. Plume, elle, emprunta la trace rouge. Elle grimpa le long du pommier, passa sous une branche qui poussait vers le bas, puis découvrit une petite porte ronde cachée dans le tronc. « Ma maison ! s’écria-t-elle. Elle n’a pas bougé. C’est le pommier qui a changé de côté ! » Kiwi sourit. Le jardin ne se redressait pas entièrement, mais chaque habitant retrouvait peu à peu son coin préféré. Seule la mare continuait de flotter, ronde et brillante dans le ciel.
Kiwi observa la mare. Dans son eau claire nageait un petit poisson qui avait l’air très étonné. « Il lui faut peut-être un peu de temps », dit Plume. Alors Kiwi ne toucha pas à la mare. Il ajouta seulement de petites gouttes bleues sur son chemin, pour qu’elle sache où couler quand elle serait prête. Puis le vent se leva. Il fit danser les fleurs du ciel, gonfla les nuages et poussa doucement la mare vers le vieux pommier. L’eau glissa le long des gouttes peintes, comme sur une rivière minuscule. Elle descendit lentement et retrouva sa place dans un creux de terre. Le poisson fit un petit tour, ravi. Le jardin resta un peu à l’envers. Quelques fleurs choisirent de pousser dans les branches, et un escargot garda un nuage comme maison d’été. Kiwi rangea ses pinceaux. Plume lui offrit une noisette. « Tu reviendras demain ? » demanda-t-elle. « Oui, répondit Kiwi. J’apporterai du violet. Pour peindre le chemin du soir. » Ensemble, ils s’assirent sous le pommier. Au-dessus d’eux, une dernière fleur du ciel ouvrit ses pétales, juste pour regarder le monde autrement.
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