6-9 ans
Kiwi et le jardin des couleurs cachées
Un matin de printemps, Kiwi découvre que les fleurs de la colline ont perdu leurs couleurs et part les retrouver avec Lila la coccinelle.
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1. La colline grise
Au matin, Kiwi ouvrit les yeux dans son petit atelier. Le soleil entrait par la fenêtre et faisait briller ses pinceaux. Kiwi était un petit oiseau rond et duveteux, avec un long bec pâle, de grands yeux brillants et deux pattes orange. Il portait toujours son béret rouge et sa blouse couverte de taches de peinture.
Il prit son panier et monta sur la colline pour peindre les fleurs. Mais il s’arrêta net.
Les coquelicots n’étaient plus rouges. Les marguerites n’étaient plus blanches. Les bleuets, les jonquilles et les fleurs de pêcher semblaient dessinés au crayon gris.
Lila la coccinelle arriva en courant sur une feuille.
« Tu as vu ? demanda-t-elle. Les couleurs ont disparu ! »
« Il faut les retrouver, répondit Kiwi. Sans elles, le jardin a l’air de retenir son souffle. »
Lila grimpa sur son béret rouge.
« Alors, partons ensemble. »
Ils suivirent une petite trace brillante qui serpentait entre les herbes. Elle les conduisit jusqu’à Basile le mulot. Basile poussait une brouette pleine de pots, de graines et de vieux rubans.
« J’ai trouvé ceci près du ruisseau », dit-il. « Peut-être que cela nous aidera. »
Dans la brouette, un minuscule bouton bleu tremblait comme une goutte de ciel.
Kiwi le prit avec précaution. Aussitôt, une lueur bleue glissa vers les bleuets. Leurs pétales reprirent leur couleur.
Alors un souvenir apparut dans la lumière. On vit Lila, Kiwi et Basile, assis près du ruisseau, fabriquer des bateaux avec des feuilles. Leurs bateaux avaient descendu l’eau en tournant et en éclaboussant tout le monde.
Lila se mit à rire.
« Le mien avait gagné ! »
« Il s’était accroché à une brindille », rappela Basile.
« C’était une stratégie », répondit Lila.
2. Le jaune dans le rayon de soleil
La trace brillante continua jusqu’à un vieux pommier. Sous l’arbre, une touffe de jonquilles penchait la tête.
« Il manque encore le jaune », dit Kiwi.
Basile regarda dans sa brouette. Il en sortit une petite cuillère dorée, toute poussiéreuse.
« Je l’ai trouvée dans mon terrier. Je ne sais plus à quoi elle servait. »
Kiwi observa le sol. De petits trous entouraient le pommier. Les abeilles du jardin avaient essayé de retrouver leur ruche, mais les fleurs sans couleur ne leur indiquaient plus le chemin.
« Aidons-les d’abord », proposa Lila.
Kiwi prit un pinceau et peignit de petits soleils sur des cailloux. Basile les plaça en ligne entre le pommier et la ruche. Lila, elle, alla prévenir les abeilles.
Bzzz, bzzz ! Les abeilles suivirent les soleils jusqu’à leur maison. Pour les remercier, elles déposèrent une goutte de miel sur la cuillère dorée.
La cuillère se mit à briller. Une grande vague jaune s’en échappa et courut vers les jonquilles. Elles relevèrent leurs pétales comme de petites trompettes.
Dans la lumière, un autre souvenir apparut. On vit les trois amis préparer une boisson au miel et à la menthe pour Basile, qui avait eu froid sous la pluie. Kiwi avait remué la boisson avec cette même cuillère. Lila avait ajouté une minuscule feuille de menthe. Basile avait dit qu’elle était délicieuse, même si son nez avait éternué trois fois.
« Atchoum ! » fit Basile, rien qu’en y pensant.
Les amis rirent, et les abeilles dessinèrent un cercle doré autour d’eux.
Plus loin, une tache rose brillait près des ronces.
3. Le rose derrière les ronces
La tache rose se cachait derrière un buisson de ronces. Basile voulut passer, mais sa brouette resta coincée.
« Oh non », soupira-t-il. « Je ne peux ni avancer ni reculer. »
Kiwi tira doucement. Lila poussa de toutes ses forces. La brouette ne bougea pas.
Alors Kiwi regarda les ronces autrement. Entre leurs épines, des pétales roses étaient pris comme de petits mouchoirs.
« Les couleurs ne sont peut-être pas parties, murmura-t-il. Elles attendent qu’on les aide. »
Il prit ses pinceaux, mais ses pattes étaient trop courtes pour atteindre les pétales. Lila se glissa entre les branches. Basile attacha une ficelle à la brouette. Kiwi accrocha l’autre bout à une branche solide.
« Quand je compterai jusqu’à trois, tirez ensemble ! » dit Kiwi.
« Un, deux, trois ! »
La ficelle se tendit. La brouette sortit d’un coup, sans renverser un seul pot. Lila rapporta les pétales roses, un par un.
Lorsqu’elle les posa dans la main de Kiwi, ils devinrent une pluie de lumière. Les fleurs de pêcher s’ouvrirent autour du buisson.
Le souvenir rose montra une après-midi de printemps. Kiwi avait peint des nuages sur de grands cartons. Lila avait ajouté des coccinelles, Basile des moustaches, et tous les habitants du jardin avaient inventé une histoire à partir des dessins. Même le vieux ver de terre avait eu un rôle de dragon qui dormait sous une feuille.
« Je me souviens de mon costume », dit Basile. « J’avais une couronne de pétales. »
« Elle était magnifique », dit Lila.
« Elle était surtout très grande », ajouta Kiwi.
Le rose dansa au-dessus d’eux. Mais une dernière couleur manquait. Tout au sommet de la colline, une petite graine verte tremblait dans l’herbe.
4. Le vert qui grandissait
Kiwi, Lila et Basile grimpèrent jusqu’au sommet. Là, sous une pierre plate, ils trouvèrent la graine verte.
Elle était toute sèche.
« Elle a besoin d’eau », dit Basile.
Mais le ruisseau était en bas de la colline. Il fallait remonter l’eau sans la renverser.
Lila apporta des coquilles d’escargot. Basile creusa de petits sillons. Kiwi plaça les coquilles les unes après les autres, comme un escalier. Puis chacun remplit la première coquille avec son bec, ses pattes ou une petite feuille.
L’eau glissa de coquille en coquille. Une goutte tomba sur la graine.
Puis une autre.
La graine s’ouvrit. Une tige verte jaillit, suivie d’une grande feuille qui enveloppa toute la colline. Le vert courut dans l’herbe, les buissons et les arbres. Les couleurs retrouvées se mêlèrent alors : le bleu du ciel, le jaune du soleil, le rose des pétales et le vert des jeunes feuilles.
Dans cette dernière lumière, chacun vit un souvenir différent. Les habitants du jardin étaient réunis autour de Kiwi. On le voyait peindre une grande image du printemps. Une abeille tenait un pinceau, un escargot mélangeait le vert, et Basile portait le pot de rose. Lila avait laissé une empreinte de patte au milieu du tableau.
« C’était notre peinture », dit Kiwi doucement.
« Et elle est encore là », répondit Lila.
Quand ils redescendirent, les fleurs avaient retrouvé toutes leurs couleurs. Kiwi installa son tableau près du ruisseau. Les habitants vinrent le regarder, chacun reconnaissant un petit morceau de souvenir.
Le soir, Kiwi nettoya ses pinceaux. Lila dormit sous son béret. Basile rangea la cuillère dorée dans sa brouette.
Sur la colline, les fleurs se balançaient dans la brise. Elles semblaient raconter, sans parler, tout ce que les amis avaient partagé.
Et dans l’atelier de Kiwi, le tableau du printemps resta ouvert, prêt à recevoir de nouvelles couleurs.
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