6-9 ans

Kiwi et le jardin des couleurs perdues

Au début du printemps, Kiwi découvre un jardin tout gris et part chercher, avec une taupe musicienne, la palette qui pourrait lui rendre ses couleurs.

Lire le texte de l’histoire

Au début du printemps, Kiwi ouvrit la porte de son atelier et respira l’air frais. Il portait son béret rouge, sa blouse tachée de peinture et un petit pinceau derrière l’oreille. Comme chaque matin, il courut au jardin pour admirer les fleurs.

Mais il s’arrêta net.

Les tulipes étaient blanches comme des coquilles. Les violettes avaient la couleur de la brume. Même les coquelicots semblaient avoir oublié leur rouge.

« Oh non… murmura Kiwi. Où sont passées les couleurs ? »

Il fouilla son atelier. Il trouva du jaune, du bleu et du vert, mais ses pots étaient presque vides. Surtout, la peinture refusait de rester sur les pétales. Elle glissait en petites gouttes transparentes.

Soudain, une musique douce monta du sol.

« Tu cherches quelque chose ? » demanda une petite voix.

Une taupe sortit d’un tas de terre. Elle portait un gilet bleu et tenait une minuscule flûte d’argent.

« Je suis Mimo. J’ai entendu le jardin soupirer. Peut-être que la palette cachée est sous les feuilles. »

Kiwi regarda le tapis de feuilles brunes au pied du vieux pommier.

« Alors, allons la chercher ensemble ! »

Mimo joua trois notes. Les feuilles frémirent et dessinèrent un chemin jusqu’aux racines du pommier. Kiwi et Mimo avancèrent côte à côte, l’un avec son pinceau, l’autre avec sa flûte. Ils ne savaient pas encore ce qu’ils trouveraient, mais le jardin semblait déjà écouter leur pas.

Sous le pommier, les feuilles formaient une montagne. Kiwi écarta les plus grandes avec son aile. Mimo creusa avec ses petites pattes. Enfin, leurs pattes touchèrent quelque chose de lisse.

C’était une palette ronde, couverte de poussière. Elle avait cinq petits creux, mais aucun ne contenait de peinture.

« Elle est vide », dit Kiwi, les épaules basses.

Le vieux pommier fit craquer une branche. Une pomme oubliée roula dans l’herbe.

« Pas tout à fait », souffla une voix dans son feuillage. « Il lui manque des souvenirs. »

Kiwi posa une patte contre le tronc.

« Moi, je me souviens de l’été dernier, quand tu m’as protégé de la pluie avec tes grandes feuilles. »

Le pommier sembla sourire. Dans le premier creux de la palette apparut une lumière dorée, douce comme un rayon de soleil.

« Le jaune ! » s’écria Kiwi.

Mimo joua une petite mélodie. Les feuilles dansèrent autour d’eux. Le rayon doré glissa jusqu’au pinceau de Kiwi, puis dans une rangée de tulipes. Elles devinrent jaunes, une à une.

« Une couleur peut naître d’un souvenir », dit Mimo.

Ils poursuivirent leur chemin. Au bout du jardin, ils trouvèrent un ruisseau silencieux. Pas une ride sur l’eau. Pas même le plouf d’un caillou.

Kiwi voulut parler, mais il éternua. Il avait une feuille coincée sur le bec.

Mimo le regarda. Kiwi se regarda dans l’eau. Sa drôle de tête fit rire Mimo, qui lâcha sa flûte dans l’herbe. Kiwi rit aussi, si fort qu’il tomba assis.

Le rire roula sur l’eau comme une bille brillante. Le deuxième creux de la palette se remplit d’un bleu clair et joyeux.

« Il nous faut encore du rouge, du vert et du violet », dit Kiwi en observant la palette.

Ils suivirent le ruisseau jusqu’à un petit pont de bois. Une coccinelle y avançait lentement. Elle portait une minuscule écharpe jaune et poussait une graine beaucoup trop grosse pour elle.

« Bonjour, Paillette », dit Mimo. « Où vas-tu avec cette graine ? »

« Je voudrais la planter près des violettes, répondit la coccinelle, mais elle est lourde. »

Kiwi posa son pinceau. Mimo rangea sa flûte. Ensemble, ils poussèrent la graine. Paillette tira de toutes ses forces. La graine roula enfin jusqu’à un coin de terre tendre.

« Merci », souffla Paillette. « Je croyais devoir y arriver toute seule. »

« À plusieurs, les choses deviennent moins lourdes », répondit Kiwi.

Paillette sourit et offrit à chacun une minuscule goutte de rosée recueillie sur une feuille. La goutte brillait comme un rubis. Elle tomba dans le troisième creux de la palette, qui se remplit d’un rouge vif.

Puis Paillette montra une petite pousse cachée sous les herbes. Kiwi écarta les brins, Mimo ameublit la terre et Paillette planta sa graine. Aussitôt, une tige verte sortit du sol. Le vert entra dans la palette.

Mimo joua une note longue et claire. De l’autre côté du pont, une touffe de fleurs violettes se mit à frissonner. Le dernier creux se remplit d’une couleur profonde, entre le soir et la prune.

La palette brillait maintenant de toutes ses couleurs. Pourtant, Kiwi ne se hâta pas de peindre. Il regarda ses amis.

« Le jardin ne retrouvera ses couleurs que si nous les partageons », dit-il.

Ils retournèrent au centre du jardin. Kiwi mélangea le souvenir doré, le bleu du rire, le rouge de l’amitié, le vert de la graine et le violet des fleurs qui attendaient.

Il trempa son pinceau et toucha la première tulipe. La couleur se répandit comme une chanson. Puis il peignit les violettes, les coquelicots, les marguerites et les longues herbes. Mimo jouait de la flûte pendant que Paillette portait les petites gouttes de peinture.

Bientôt, le jardin retrouva ses teintes. Le jaune dansait sur les tulipes. Le bleu brillait au bord du ruisseau. Le rouge se cachait dans les coquelicots. Le vert grimpait sur les tiges. Le violet faisait des ombres douces sous les feuilles.

Au milieu du jardin, Kiwi posa son pinceau. Une dernière fleur restait blanche.

« Celle-ci est pour toi, Mimo », dit-il.

Mimo rougit sous ses poils.

« Pour moi ? »

« Oui. Sa couleur viendra de ta musique. »

Il joua une mélodie si tendre que la fleur devint couleur de nuage au coucher du soleil.

Paillette tapota ses ailes.

« Et moi, quelle couleur ai-je donnée ? »

Kiwi lui montra la palette.

« Le rouge qui aide. »

Le soir descendit doucement sur le jardin. Tous trois s’assirent près du pommier. Les fleurs bougeaient dans la brise, comme si elles racontaient leurs histoires.

Kiwi rangea sa palette sous les feuilles, à l’abri de la pluie et du vent.

« Elle sera là quand les couleurs auront besoin de nous », murmura-t-il.

Mimo joua encore trois notes. Paillette bâilla. Kiwi posa son béret sur ses yeux.

Et dans le jardin, jusqu’au matin, les couleurs restèrent bien éveillées.

D’autres histoires à lire