Kiwi et le nuage qui avait perdu ses couleurs

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Au bord d’un jardin plein de parfums, Kiwi installa son grand chevalet. Le petit oiseau était rond et duveteux, avec des plumes brunes, un ventre clair et de petites ailes toujours prêtes à s’agiter. Sur sa tête, son béret rouge penchait vers la droite. Sa blouse blanche était couverte de taches bleues, jaunes, vertes et violettes.

Aujourd’hui, Kiwi préparait une grande fresque pour décorer le mur du jardin. Il avait posé ses pinceaux dans un pot, ses couleurs sur une table et une immense toile contre le vieux mur.

« Je vais peindre un jardin qui danse avec la lumière », annonça-t-il.

Il trempa son pinceau dans le bleu. Mais, juste au moment de tracer le ciel, une petite ombre passa devant la toile.

Au-dessus des marguerites flottait un petit nuage gris. Il était tout rond, tout doux, mais ses bords semblaient fatigués.

« Bonjour, Kiwi », murmura le nuage.

« Bonjour. Tu as l’air bien silencieux. »

Le nuage soupira. Trois gouttes brillantes tombèrent dans l’herbe.

« J’ai oublié comment faire apparaître mon arc-en-ciel. Avant, je savais mélanger la pluie et le soleil. Maintenant, je ne trouve plus aucune couleur. »

Kiwi posa son pinceau.

« Peut-être que les couleurs ne sont pas très loin. On va les chercher ensemble. »

Kiwi commença par aller voir les fleurs. Une tulipe rouge ouvrit ses pétales comme un petit parasol. Les coquelicots se balancèrent dans le vent. Les violettes, cachées près d’une pierre, levèrent timidement la tête.

« Nuage, veux-tu bien partager un peu de rouge, de rose et de violet ? » demanda Kiwi.

« Oui, mais comment ? »

Kiwi réfléchit, puis il peignit une minuscule goutte de chaque couleur sur le bord du nuage. Aussitôt, le gris se teinta d’un éclat rose et d’une lueur rouge.

« Ça chatouille ! » gloussa le nuage.

Un essaim de papillons arriva en tournoyant. Il y avait un papillon jaune comme un bouton-d’or, un bleu comme le ciel après la pluie et un orange comme une citrouille bien mûre.

« Nous aussi, nous avons des couleurs », dirent-ils.

Ils dansèrent autour du nuage. Leurs ailes laissèrent derrière elles de fines poussières lumineuses. Le nuage devint jaune, bleu et orange par endroits.

Puis un escargot sortit lentement d’une feuille de salade. Sa coquille brillait de spirales brunes et dorées.

« Tu peux prendre un peu de ma lumière », dit-il. « Elle avance doucement, mais elle avance toujours. »

Kiwi ajouta une touche d’or, puis une touche de brun brillant.

Le petit nuage se regarda dans une flaque. Il n’était plus tout à fait gris. Pourtant, son arc-en-ciel ne venait pas encore.

« Il manque peut-être quelque chose », dit-il.

Kiwi leva les yeux vers le ciel. Une douce pluie commença à tomber, juste sur le jardin.

Les gouttes de pluie étaient légères comme des perles. Elles glissaient sur les feuilles, dansaient sur les pétales et faisaient de petits ronds dans la flaque.

Kiwi prit son plus grand pinceau. Il peignit une ligne rouge sur le nuage, puis une ligne orange, une ligne jaune, une ligne verte, une ligne bleue et une ligne violette.

« Regarde bien », chuchota-t-il. « Les couleurs aiment se tenir la main. »

Le soleil passa entre deux nuages blancs. Un rayon doré toucha la pluie.

Alors, le petit nuage gris frissonna. Les couleurs du jardin se mirent à briller dans ses gouttes. La ligne rouge s’allongea. L’orange suivit. Le jaune s’arrondit. Le vert, le bleu et le violet se placèrent à leur tour.

Un arc-en-ciel apparut au-dessus du jardin.

Il n’était ni trop grand ni trop vif. Il semblait fait de lumière douce, avec des bords flous et des couleurs qui bougeaient comme des rubans.

« Je me souviens ! » s’écria le nuage. « Il faut la pluie, le soleil et les couleurs de ceux qui nous entourent. »

Il inclina son petit ventre au-dessus du jardin. Une lumière multicolore descendit entre les arbres. Les feuilles devinrent émeraude. Les fleurs brillèrent comme des bijoux. Même la vieille brouette sembla porter une poignée de lumière sur son manche.

Kiwi regarda sa toile. Elle était encore blanche.

« Ma fresque attend toujours », dit-il.

Le nuage sourit et posa un rayon violet sur le coin de la toile.

Kiwi trempa son pinceau dans la lumière. Il ne prit pas la lumière elle-même. Il en suivit seulement les reflets.

Sur la grande toile, il peignit les fleurs rouges, les papillons dorés, les feuilles vertes et la coquille brillante de l’escargot. Il ajouta le nuage rond au-dessus du jardin, avec son arc-en-ciel souple comme un ruban.

Il peignit aussi une petite tache violette sur le mur.

« Pourquoi cette tache ? » demanda le nuage.

« Parce qu’une fresque a besoin d’un peu de surprise. »

Le nuage rit si doucement qu’une pluie de minuscules gouttes scintillantes tomba sur les pinceaux. Les fleurs se penchèrent. Les papillons firent trois tours dans le ciel. L’escargot continua son chemin, laissant derrière lui une trace brillante.

Quand Kiwi posa son dernier pinceau, le jardin entier semblait entrer dans la fresque. Les couleurs du tableau répondaient aux couleurs du monde. Le rouge du coquelicot regardait le rouge du béret. Le bleu du ciel se mêlait au bleu de la blouse. Le violet de la toile dansait avec le violet de l’arc-en-ciel.

Le petit nuage resta quelque temps au-dessus du mur.

« Si j’oublie encore, tu viendras m’aider ? » demanda-t-il.

« Bien sûr. Mais je crois que les fleurs, les papillons et l’escargot sauront te rappeler le chemin. »

Le soir venu, le nuage partit lentement vers les collines. Un petit arc-en-ciel brillait encore derrière lui.

Kiwi remit son béret bien droit, puis s’assit devant sa fresque. Dans le ciel, les couleurs semblaient lui faire un clin d’œil.

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