Kiwi et le sentier des feuilles bavardes
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Un matin d’automne, Kiwi sortit de sa petite maison sous les fougères. Il portait son béret rouge et sa blouse tachée de jaune, de bleu et de vert. Dans son sac, il avait ses pinceaux et trois petits pots de peinture.
La forêt brillait de toutes ses couleurs. Les feuilles rouges dansaient au-dessus du chemin. Les jaunes tournaient comme de petites roues. Les brunes craquaient doucement sous les pas de Kiwi.
Soudain, il entendit un murmure.
« Je connais le secret d’un grand chêne… » souffla une feuille rouge.
« Moi, j’ai vu la rivière chanter sous la lune… » chuchota une feuille bleue, tombée d’un arbre très haut.
« Et moi, je sais où pousse la plus douce des mousses… » ajouta une feuille dorée.
Kiwi ouvrit de grands yeux ronds.
« Mais à qui voulez-vous raconter tout cela ? »
Les feuilles se mirent à frissonner.
« Nous ne savons plus ! Le vent nous a emportées loin de nos arbres. »
À cet instant, Noisette l’écureuil descendit d’un tronc en glissant le long de l’écorce.
« J’ai entendu vos murmures, dit-elle. Il faut vous aider à retrouver le bon arbre. »
Kiwi posa une patte sur son pinceau.
« Alors, inventons un chemin que chaque feuille pourra suivre. »
Kiwi et Noisette commencèrent par écouter chaque feuille. Ils ne se pressaient pas. Une feuille rouge leur parla du chêne aux branches épaisses. Une feuille jaune se souvenait d’un bouleau blanc comme le lait. Une feuille brune gardait l’histoire d’un vieux hêtre creux.
Noisette courait d’un arbre à l’autre pour vérifier les souvenirs.
« Le chêne est là-bas ! cria-t-elle. Il a trois grosses branches qui se croisent. »
« Et le bouleau est près du ruisseau, répondit Kiwi. Ses feuilles sont petites et légères. »
Mais les feuilles étaient nombreuses, et le chemin se séparait en quatre endroits. Certaines roulaient vers la mare. D’autres glissaient sous les champignons. Une rafale les mélangea encore.
« Oh non ! » soupira une feuille dorée. « Je vais raconter mon secret au mauvais arbre ! »
Kiwi réfléchit. Puis il regarda sa blouse pleine de couleurs.
« Nous allons peindre des signes, dit-il. Une trace rouge pour le chêne, une trace jaune pour le bouleau, une trace brune pour le hêtre et une trace bleue pour le saule. »
Noisette applaudit doucement avec ses petites pattes.
Kiwi trempa son pinceau dans la peinture rouge et dessina une ligne souple sur le sol. Puis il ajouta les autres couleurs. Le sentier devint un grand ruban multicolore entre les racines.
Les feuilles observèrent le sentier. La feuille rouge suivit la ligne rouge. Elle passa près d’un rocher couvert de mousse, contourna une racine et arriva devant le grand chêne.
« C’est bien toi ! » murmura-t-elle.
Elle se posa sur une branche basse et raconta son secret. Le chêne fit bruisser ses feuilles, heureux de l’entendre.
La feuille jaune suivit la ligne jaune jusqu’au bouleau. La feuille brune prit le chemin brun vers le vieux hêtre. La feuille bleue glissa avec le vent le long de la trace bleue et retrouva le saule près de l’eau.
Bientôt, la forêt fut pleine de petits murmures joyeux.
« Je me souviens de la première pluie du printemps », racontait une feuille.
« Moi, je sais où les lapins dorment quand il neige », disait une autre.
Kiwi et Noisette continuaient de guider celles qui hésitaient. Une minuscule feuille verte, toute froissée, restait seule au milieu du chemin.
« Tu ne sais pas de quel arbre tu viens ? » demanda Kiwi avec douceur.
« Je crois que je viens d’un arbre très jeune. Il pousse derrière la colline, mais je ne reconnais plus la route. »
Noisette grimpa sur un tronc, regarda au loin, puis redescendit.
« Suis la petite flèche verte que Kiwi va peindre. Elle te conduira jusqu’à la colline. »
Kiwi ajouta une flèche délicate. La feuille verte la suivit, légère comme un soupir.
Quand la dernière feuille eut retrouvé son arbre, Kiwi posa son pinceau sur une souche. Le sentier brillait sous les couleurs de l’automne.
« Écoute », dit Noisette.
La forêt murmura d’une seule voix. Ce n’était pas un grand bruit. C’était un doux froissement, comme mille histoires racontées tout bas.
Le vieux chêne parlait de ses longues racines. Le bouleau racontait la chanson du ruisseau. Le hêtre se souvenait des nids de printemps. Le saule gardait le secret des poissons argentés.
Puis une feuille rouge se détacha et vint se poser sur le béret de Kiwi.
« C’est pour toi, dit-elle. Tu peux garder mon histoire jusqu’à demain. »
Kiwi sourit. Il glissa la feuille dans son carnet de peinture, entre deux pages blanches.
Noisette lui tendit une noisette ronde.
« Pour le chemin du retour. »
Ils rentrèrent lentement, en suivant le ruban multicolore. À chaque pas, une feuille leur disait au revoir.
Le soir, Kiwi accrocha son béret près de la fenêtre. La petite feuille rouge reposait dans son carnet, et son secret semblait encore y murmurer.
Dehors, le vent se leva. Il ne mélangea pas les feuilles cette fois. Il les fit danser autour des arbres, chacune près de son histoire.
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