3-6 ans

La chanson des feuilles légères

Quand le vent d’automne brouille le chemin, Kiwi et Noisette inventent une chanson pour guider les feuilles jusqu’au grand arbre.

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Au pied du grand arbre, Kiwi rangeait ses pinceaux dans une petite boîte. C’était un petit kiwi oiseau, rond et duveteux, avec de courtes ailes, un long bec courbé et des yeux brillants. Sur sa tête, son béret rouge penchait de travers. Sa blouse était couverte de taches bleues, jaunes et vertes.

Il venait de peindre une grande branche quand une feuille dorée passa devant son nez.

« Oh ! Tu cherches ton arbre ? demanda Kiwi. »

La feuille tourna sur elle-même, puis fila vers le ruisseau.

Noisette l’écureuil accourut, une noisette entre les pattes. Sa queue rousse, large et douce, dansait derrière lui.

« Elle ne trouve plus le chemin, dit Noisette. Le vent l’emporte partout. »

Kiwi leva son pinceau comme une baguette.

« Alors, chantons pour lui montrer la route ! »

Ils inspirèrent très fort. Kiwi chanta d’une voix ronde. Noisette ajouta un petit trille joyeux.

« Tourne, feuille, tourne doucement, retrouve ta branche dans le vent ! »

La feuille dorée monta, descendit, puis dansa au-dessus du ruisseau. Elle fit trois petits ronds dans l’air avant de glisser jusqu’au grand arbre. Elle se posa doucement sur une branche basse.

Kiwi sourit et ajouta une minuscule tache d’or sur son tableau.

Mais déjà, deux autres feuilles tourbillonnaient plus loin.

La deuxième feuille était couleur cuivre. Elle s’était accrochée à un vieux piquet, juste au-dessus d’un tapis de mousse.

« Je crois qu’elle a peur de tomber, murmura Noisette. »

Kiwi posa son pinceau et s’approcha à petits pas. Il ne toucha pas la feuille. Il lui parla tout doucement.

« Tu peux bouger quand tu veux. Nous chanterons avec toi. »

Noisette tapa dans ses petites pattes. Tap, tap. Kiwi balança son béret. Hop, hop. Puis la chanson repartit.

« Tourne, feuille, tourne doucement, retrouve ta branche dans le vent ! »

La feuille cuivre quitta le piquet. D’abord, elle frissonna. Ensuite, elle fit un bond, un grand tour autour de Kiwi, puis un tour autour de Noisette. Sa pointe effleura le bout du nez de l’écureuil.

« Ça chatouille ! » s’écria-t-il.

La feuille monta encore. Elle passa entre deux branches, hésita, puis entendit le chant qui montait du sol. Elle suivit la voix de Kiwi, comme on suit une petite lumière.

Un dernier tourbillon, tout doux, et elle rejoignit une branche dorée du grand arbre.

Noisette regarda le ciel. D’autres feuilles descendaient en silence.

« Elles sont nombreuses, dit-il. »

« Alors, nous serons nombreux à chanter, répondit Kiwi. »

La troisième feuille était rouge comme une baie mûre. Elle tournait si vite que personne ne savait où elle allait.

Elle passa au-dessus des fougères, sous un rocher, puis juste devant les moustaches de Noisette.

« Par ici ! cria l’écureuil. »

Mais la feuille repartit vers la colline.

Kiwi courut derrière elle. Son béret rouge sautait sur sa tête. Sa blouse faisait voler de petites taches de peinture, comme des confettis de couleur.

« Ne cours pas trop vite, chantonna-t-il. Écoute le vent. »

Noisette grimpa sur une souche pour être bien visible. Il leva sa queue rousse comme un drapeau. Tous deux chantèrent ensemble.

« Tourne, feuille, tourne doucement, retrouve ta branche dans le vent ! »

La feuille rouge ralentit. Elle dansa au-dessus de la colline, passa entre deux nuages et redescendit en suivant la voix.

Kiwi fit un pas à gauche. Noisette fit un pas à droite. La feuille tourna entre eux, légère comme une plume.

Puis elle remonta très haut. On aperçut son petit reflet rouge dans une flaque, dans une baie et dans la peinture du pinceau de Kiwi.

Elle redescendit enfin vers le grand arbre. Une branche souple l’accueillit. La feuille s’y posa, juste à côté de la feuille cuivre.

« Elle a trouvé deux amies, dit Noisette. »

Kiwi hocha la tête. Tout en haut, une dernière feuille cherchait encore son chemin.

La dernière feuille était brune et légère. Elle flottait très haut, au-dessus de la cime du grand arbre. Elle semblait chercher une branche qu’elle ne voyait pas.

Kiwi et Noisette s’assirent côte à côte. Ils ne coururent plus. Ils écoutèrent les bruissements, le ruisseau et le souffle du vent dans les herbes.

Puis Kiwi leva les yeux.

« Je crois qu’elle a besoin d’une chanson toute douce. »

Noisette posa sa patte contre l’aile de Kiwi. Ils chantèrent lentement, sans se presser.

« Tourne, feuille, tourne doucement, retrouve ta branche dans le vent ! »

La feuille brune fit un cercle autour de la cime. Elle descendit d’un côté, remonta de l’autre, puis dansa entre les branches comme une petite barque sur une mer de bois.

Kiwi suivit son chemin avec son pinceau. Noisette suivit son ombre avec sa queue.

La feuille tourna encore une fois. Elle passa près d’une branche haute, s’y balança et s’y posa tout doucement.

Alors toutes les feuilles réunies frémirent. Dorée, cuivre, rouge et brune, elles semblaient chanter avec le grand arbre.

Kiwi ouvrit sa boîte de peinture.

« Quelle couleur allons-nous peindre maintenant ? demanda Noisette. »

Kiwi regarda les feuilles qui dansaient sans partir.

« Toutes les couleurs du vent. »

Et, sous le grand arbre, les deux amis recommencèrent leur chanson, juste assez fort pour que les feuilles l’entendent, juste assez doucement pour qu’elles puissent rêver.

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