6-9 ans

La passerelle des roseaux

La passerelle est cassée, et Nila ne peut plus rejoindre son terrier par le ruisseau. Un ancien chemin traverse peut-être le verger… Kiwi et Basile emportent des roseaux, une corde et beaucoup d’idées pour retrouver le passage avant la prochaine averse. Dans ce conte pour les petits, les personnages s’entraident pour trouver de nouveaux chemins.

Près d’un saule et de roseaux dorés, Basile le castor trace un chemin dans la terre, sous les regards de Kiwi et Nila.

Kiwi venait de peindre un nuage violet lorsqu’on frappa si fort à sa porte que son pinceau dessina une moustache au soleil.

Sur le seuil, Nila secouait ses longues oreilles piquetées de pluie.

« La passerelle est cassée ! Une branche a emporté le plancher. Je ne peux plus rentrer par le ruisseau ! »

Kiwi posa son pinceau. Depuis le matin, les averses tambourinaient sur la forêt. Entre deux nuages, le soleil apparaissait juste assez longtemps pour faire briller les flaques.

« Allons voir Basile. Il connaît des chemins même là où je ne vois que des buissons. »

Ils trouvèrent le jeune castor près de sa réserve de branches. À la nouvelle, il fouilla dans sa sacoche et en sortit une pomme toute ridée.

Nila cligna des yeux.

« Tu comptes nous consoler avec ça ?

— Non ! Elle vient du vieux verger, derrière la colline. Il y a un chemin qui le traverse jusqu’à ton terrier. »

La lapine redressa une oreille.

« Le chemin des pierres bleues ? Je le prenais quand j’étais plus petite ! Mais les herbes ont tout recouvert. »

Basile traça du doigt un grand détour dans la terre : le saule, le verger, puis la maison de Nila.

« Depuis les averses, l’entrée du verger est surtout devenue une immense tartine de boue », ajouta-t-il.

Kiwi regarda les bottes de roseaux dorés rangées sous le saule.

« Alors, il nous faut quelque chose à poser sur la tartine. »

Basile choisit de grosses tiges sèches et les raccourcit de quelques coups de dents.

« Pour faire des petits tapis, expliqua-t-il. On les déroulera sur la boue.

— Pratique, dit Kiwi. Moi, quand je taille mes pinceaux, ils ne deviennent jamais des chemins. »

Ils chargèrent les roseaux sur deux longues branches. Nila portait l’avant, Basile l’arrière. Kiwi marchait au milieu, empêchant la cargaison de rouler avec son petit corps rond.

Une tige glissa sous son béret.

« Je crois qu’elle veut conduire. »

Nila éclata de rire. Puis elle montra un vieux pommier au sommet de la pente.

« C’est par là ! Je reconnais ses deux branches en forme de fourchette. »

Derrière l’arbre, les herbes s’ouvraient sur une large bande de terre détrempée. Des traces de pattes s’y mêlaient à des empreintes d’oiseaux. Une pierre bleue dépassait au pied d’une touffe de boutons-d’or.

Nila voulut la dégager. Sa patte s’enfonça dans la terre molle avec un bruit de baiser.

« Le chemin m’a reconnue. Il ne veut plus me lâcher ! »

Elle récupéra sa patte, désormais chaussée d’une épaisse pantoufle brune.

Sur l’herbe, les trois amis disposèrent les roseaux côte à côte. Basile les alignait, Nila les tenait et Kiwi passait sa corde autour des tiges.

Deux petits tapis prirent forme.

Mais au troisième, la bobine s’arrêta de tourner.

Au bord du sentier boueux, les trois amis fabriquent des tapis de roseaux, tandis que Kiwi tient une bobine presque vide.

Kiwi tira sur le dernier bout. Il regarda dans sa poche, puis secoua sa blouse.

Un bouchon bleu tomba. Il n’y avait pas un centimètre de corde.

« C’est tout ? demanda Nila.

Sauf si le bouchon sait faire des nœuds. »

Basile contempla les roseaux encore éparpillés. Il leur manquait plusieurs tapis pour couvrir la partie boueuse du sentier.

Une goutte tomba sur son museau, puis une autre.

Au-dessus du verger, un nuage gris s’étirait comme une couverture qu’on secoue.

« La prochaine averse va nous transformer tout ça en soupe », murmura Nila.

Elle essuya sa patte contre une touffe d’herbe, puis observa les alentours.

« Pourtant, je me souviens d’un passage avec des pierres. On sautillait de l’une à l’autre. »

Kiwi ramassa son bouchon. En se baissant, il aperçut une seconde pierre bleue sous les feuilles, puis une troisième, plus loin, au pied d’une souche.

« Les voilà ! Mais elles ne vont pas toutes dans la même direction. »

Nila fronça le museau.

« Il y avait une bifurcation. Un chemin menait au vieux pressoir, l’autre chez moi. »

Pendant qu’elle cherchait un souvenir dans les branches des pommiers, Basile ramassait des feuilles de roseaux longues et souples.

Kiwi le regarda les rassembler.

« Attends… Pour dessiner les paniers, je fais passer les brins dessus, dessous… On pourrait tresser ces feuilles pour attacher nos tapis ! »

Basile en choisit trois poignées.

« Essayons. »

Kiwi tient un bouchon bleu devant les feuilles de roseaux de Basile, tandis que Nila examine des pierres bleues parmi les herbes.

Nila répartit les feuilles en trois faisceaux. Kiwi en coinça les extrémités sous une pierre plate.

« Celui de gauche au milieu. Puis celui de droite. »

Au début, leur tresse ressemblait surtout à un nid écrasé. Une feuille s’échappait, une autre se repliait, et l’ensemble tournait comme une queue de cochon.

« Mon oreille ! protesta Nila.

— Pardon, dit Kiwi. Elle était juste à côté du faisceau de gauche. »

Ils recommencèrent en serrant davantage. Une longue attache verte prit forme.

Basile tira dessus. Deux feuilles glissèrent à une extrémité.

« Le milieu tient, observa Nila. Ce sont les bouts qui s’ouvrent. »

Elle les replia dans la tresse. Kiwi les entoura de fines lanières, pendant que Basile maintenait le tout. Cette fois, les feuilles restèrent en place.

Ils achevèrent les tapis, puis les alignèrent sur la boue jusqu’à la bifurcation. Sous leurs pattes, les roseaux faisaient cric, crac, comme des biscuits très bavards.

Mais quel chemin prendre maintenant ?

À gauche, une vieille roue de bois dépassait des ronces. À droite, les pommiers se serraient derrière un rideau d’herbes.

Nila contempla la roue.

« Le pressoir ! On y écrasait les pommes. Alors mon terrier est à droite. »

Elle écarta les herbes. Une pierre bleue apparut, puis une autre.

Sur la seconde, un escargot avançait lentement.

« Lui aussi rentre chez moi, je crois », dit-elle.

Une rafale fit frissonner les feuilles. Les trois amis rassemblèrent les derniers tapis.

Nila écarte les herbes et découvre une pierre bleue portant un escargot, tandis que Kiwi tient un tapis roulé près de Basile.

Le dernier tapis atteignit une large dalle couverte de mousse. Au-delà, le chemin remontait entre les fougères.

Nila posa ses pattes sur la pierre, puis se retourna.

Derrière eux, leur passage doré serpentait entre les herbes. Les attaches vertes dessinaient de petites rayures sur les roseaux.

« On dirait une passerelle pour chenille géante », dit-elle.

Kiwi prit un air préoccupé.

« J’espère qu’elle essuiera ses deux cents pieds avant d’entrer. »

Ils montèrent la dernière pente en riant. Au tournant d’un noisetier, la porte ronde du terrier apparut enfin.

Nila courut jusqu’à elle, souleva le loquet et ouvrit grand.

La pluie commença au moment où Basile passait sa queue sur le seuil.

Bientôt, les trois amis partageaient du pain aux carottes et des quartiers de pomme près de la fenêtre. Dehors, les gouttes rebondissaient sur les fougères.

Nila apporta une feuille à Kiwi.

« Tu nous dessines le chemin ? Cette fois, je ne veux plus l’oublier. »

Kiwi emprunta un pinceau dans son pot à crayons. Il dessina le saule, le pommier-fourchette, la roue du pressoir et la rangée de pierres bleues.

Basile ajouta un petit trait pour chaque tapis de roseaux.

« Et l’escargot », réclama Nila.

Kiwi le peignit sur sa pierre, avec une énorme coquille violette.

Puis il ajouta une moustache au soleil.

Nila regarda le dessin, puis son ami.

« Il me semblait bien que tu avais déjà commencé cette carte avant mon arrivée. »

Dans le terrier de Nila, Kiwi peint une carte à table avec ses amis, entre pain aux carottes et tranches de pomme.

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