3-6 ans
La rivière à l’envers
Un matin, Kiwi découvre une rivière bien étrange et part avec ses amis à la recherche de son nouveau chemin.
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Un matin de printemps, Kiwi ouvrit les yeux dans son petit nid de feuilles. Il enfila son béret rouge, sa blouse tachée de jaune, de bleu et de vert, puis sortit avec ses pinceaux sous l’aile.
Mais quelque chose n’allait pas.
La rivière, qui d’habitude descendait doucement vers l’étang, coulait dans l’autre sens. Elle remontait la pente, en glissant entre les herbes, puis filait vers la colline.
Kiwi pencha la tête.
« Oh là là… La rivière s’est trompée de chemin ! »
Lila la loutre arriva en faisant des roulades dans l’herbe humide.
« Tu crois qu’elle s’est perdue ? »
Sur la berge, un galet rond se mit à parler.
« Moi, je n’ai pas bougé d’un caillou, déclara Bim. C’est bien la rivière qui fait des histoires. »
Kiwi observa les vaguelettes. Elles scintillaient sous le soleil, comme si elles riaient.
« Il faut l’aider à retrouver l’étang, décida-t-il. Sinon, les nénuphars vont attendre très longtemps leur eau fraîche. »
Lila hocha la tête. Bim roula jusqu’à leurs pieds.
« Je viens aussi. Je connais tous les petits virages de cette berge. »
Les trois amis suivirent la rivière jusqu’au premier tournant. Kiwi posa sa boîte de peinture sur une souche.
« Si nous peignons des repères, l’eau se souviendra peut-être de la route de l’étang. »
Il peignit une grande flèche bleue sur un rocher. Lila ajouta une rangée de petites vagues violettes. Bim, lui, choisit une couleur orange.
« Un peu plus à gauche, s’il te plaît. Je suis un galet important. »
Kiwi lui dessina un joli cercle autour du ventre.
Ils continuèrent ainsi. Sur un tronc, Kiwi peignit un poisson. Sur une pierre plate, il peignit trois nénuphars. Dans l’herbe, Lila planta de petites baguettes colorées.
La rivière regarda tout cela en frémissant. Elle passa devant la flèche bleue sans ralentir.
« Elle ne suit pas les repères », soupira Lila.
« Peut-être qu’elle ne les voit pas », dit Kiwi.
Alors il peignit une flèche plus grande. Puis une encore plus grande. Le chemin devint si coloré que les papillons vinrent tourner au-dessus.
Bim toussota doucement.
« Ou peut-être qu’elle voit très bien. »
Kiwi le regarda.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Bim roula vers le courant.
« Écoutons-la avant de lui montrer le chemin. »
Les amis s’assirent en silence. Kiwi posa ses pinceaux. Lila laissa tremper ses pattes dans l’eau. Bim resta immobile, comme savent le faire les galets.
Ils entendirent un murmure léger.
L’eau glissait sur les racines, chantait contre les cailloux, puis faisait danser les fleurs sauvages.
« On dirait qu’elle raconte quelque chose », chuchota Lila.
Kiwi regarda autour de lui. Depuis la rivière, on voyait la colline entière. Au sommet, les arbres portaient de jeunes feuilles vert tendre. Plus loin, une vieille grange rouge brillait au soleil. Des moutons blancs formaient de petits nuages sur la pente.
« Elle veut nous montrer ce paysage ! » s’écria Kiwi.
La rivière fit un grand virage joyeux.
Bim remua à peine, ce qui était beaucoup pour un galet.
« Je le savais depuis le début, dit-il. Enfin… presque. »
Lila plongea dans l’eau et nagea vers la colline.
« Venez ! Il y a des fleurs bleues que je n’ai jamais vues ! »
Kiwi rangea ses pinceaux, mais garda sa peinture. Il ajouta seulement quelques petits ronds colorés le long du nouveau chemin.
« Ce ne sont pas des flèches, expliqua-t-il. Ce sont des bonjours. »
Toute la journée, ils suivirent la rivière à l’envers. Elle les mena sous un pont de bois, entre deux bouquets de fougères, puis jusqu’à une clairière cachée.
Le soir arrivait. Dans la clairière, l’eau formait un petit miroir. Le ciel, les nuages et les premières étoiles s’y reflétaient.
Kiwi sortit son carnet.
« Je vais peindre ce paysage pour ne pas l’oublier. »
Lila s’allongea dans l’herbe, le museau levé vers le ciel. Bim choisit une place encore chaude près de l’eau.
Quand les amis reprirent le chemin du retour, la rivière redescendit doucement vers l’étang. Elle rapporta des feuilles brillantes, quelques pétales bleus et une drôle de brindille en forme de moustache.
Les nénuphars frémirent en la voyant revenir.
« Tu avais raison de partir en promenade », murmura Kiwi.
La rivière clapota contre la berge.
Depuis ce jour-là, elle descendait vers l’étang la plupart du temps. Mais, certains matins, elle remontait encore la colline pour montrer un coin nouveau à ses amis.
Alors Kiwi mettait son béret rouge, Lila préparait son grand sourire, et Bim roulait derrière eux en répétant :
« Par ici ! Je connais un raccourci ! »
Et la rivière, joyeuse, poursuivait son chemin en chantant.
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