6-9 ans
La rivière de couleurs
Un matin, Kiwi découvre qu’une petite rivière a perdu ses couleurs et part avec Lila la loutre à la recherche des teintes cachées entre les roseaux.
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Au bord de la forêt, une petite rivière chantait d’habitude et brillait comme une boîte de peinture. Au printemps, elle brillait de vert tendre. En été, elle dansait sous un ciel bleu. En automne, des reflets dorés couraient sur ses vagues. Même l’hiver y déposait des éclats d’argent.
Mais ce matin-là, l’eau était grise. Pas grise comme un nuage doux. Grise comme une vieille cuillère.
Kiwi, le petit oiseau rond et duveteux, s’approcha en trottinant. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était tachée de jaune, de rose et de violet. Il tenait son pinceau préféré dans son bec.
« Oh, ma pauvre rivière… Qu’est-ce qui t’arrive ? »
Une tête brune sortit de l’eau. C’était Lila la loutre, avec ses moustaches frémissantes.
« Je ne sais pas, répondit-elle. Ce matin, les couleurs ont disparu. J’ai cherché sous les pierres, dans les flaques et même derrière ma queue. Rien. »
Kiwi posa sa boîte de peinture sur un galet rond et glissa son pinceau sous son aile.
« Alors, nous allons les retrouver. Une couleur ne disparaît jamais tout à fait. Elle se cache peut-être quelque part. »
Le galet remua doucement sous la boîte.
« Je m’appelle Biscotte, murmura-t-il. Et je connais un chemin entre les roseaux. »
Kiwi souleva sa boîte pour laisser Biscotte rouler librement. Lila se plaça à côté de lui. Tous trois partirent le long des grandes herbes qui dansaient au bord de l’eau.
Entre les roseaux, le vent faisait chuchoter les feuilles.
« Écoute, dit Lila. On dirait que la rivière se souvient de quelque chose. »
Une grenouille verte sauta sur une feuille.
« J’ai vu du vert hier, croassa-t-elle. Il brillait dans l’herbe après la pluie. »
Kiwi ouvrit sa boîte de peinture et mélangea sur sa palette du jaune avec une pointe de bleu. Une belle couleur verte apparut.
« Voilà le souvenir de la grenouille », dit-il.
Plus loin, un papillon passa comme un petit éclat de soleil.
« Moi, je me souviens du jaune, dit-il. Le soleil s’était posé sur mon aile. »
Kiwi mélangea du jaune avec une touche de blanc. Il obtint un jaune doux, pareil à une matinée d’été.
Lila plongea alors entre deux touffes de roseaux. Elle revint avec une plume bleue entre les pattes.
« Un geai l’a laissée ici. Elle était si bleue qu’on aurait dit un petit morceau de ciel. »
Kiwi ajouta du bleu à sa palette. La couleur trembla sous son pinceau comme une petite vague.
Biscotte, lui, roula jusqu’à une fleur cachée.
« Cette fleur se souvient du rose. Regarde comme ses pétales sont tendres ! »
Kiwi mélangea du rouge avec du blanc. Un rose tendre naquit.
Peu à peu, les couleurs se rassemblèrent dans les coquilles que Lila avait trouvées. Le vert, le jaune, le bleu et le rose attendaient côte à côte.
Pourtant, la rivière restait grise.
« Il manque encore quelque chose », souffla Kiwi.
Ils suivirent le bord de l’eau jusqu’à un vieux saule. Ses branches touchaient presque la rivière.
« Peut-être que la rivière n’a pas seulement besoin de couleurs, dit Lila. Peut-être qu’elle a besoin de souvenirs. »
Alors les animaux vinrent raconter les leurs.
La grenouille parla de la fraîcheur d’une mare après la pluie. Le papillon raconta une sieste au soleil. Le merle fit entendre trois notes de son chant. Un hérisson se souvenait des feuilles dorées sous ses pattes. Même Biscotte se rappela le jour où le courant l’avait doucement fait rouler jusqu’au saule.
Kiwi écoutait sans bouger. Dans sa tête, chaque souvenir devenait une image.
Il ajouta une touche de blanc au bleu pour évoquer l’argent des gouttes. Il mélangea l’orange du coucher du soleil avec le jaune des feuilles. Puis il posa une touche de violet, la couleur des fleurs qui s’ouvrent quand le soir arrive.
« Maintenant, regardez », dit-il.
Il passa son pinceau sur sa palette et dessina dans l’air une longue courbe au-dessus de la rivière.
Alors, une chose merveilleuse se produisit : des rubans de lumière colorée s’envolèrent du pinceau, tandis que la peinture restait sur la palette. Les lumières glissèrent sur l’eau. Le vert y fit miroiter le reflet des herbes. Le jaune fit danser les rayons. Le bleu éclaira les profondeurs. Le rose et le violet se posèrent sur les remous. L’argent se cacha dans chaque goutte.
La rivière soupira. Puis elle se mit à scintiller de toutes ses couleurs.
Lila tapa doucement dans l’eau avec ses pattes.
« Tu avais raison, Kiwi. Elles n’étaient pas perdues. Elles attendaient qu’on les écoute. »
Depuis ce jour, Kiwi retourna souvent près de la rivière. Il y peignait de petites images sur des feuilles tombées, puis les offrait aux animaux.
Lila lui apportait des coquilles propres pour ses couleurs. Biscotte gardait les pinceaux bien calés contre lui. Les grenouilles surveillaient le vert, les papillons le jaune, et le merle chantait quand le bleu semblait trop pâle.
La rivière changeait au fil des saisons. Elle devenait fraîche et claire au printemps. Elle brillait sous le soleil d’été. Elle se remplissait de reflets dorés en automne. En hiver, elle gardait dans ses remous un petit éclat d’argent.
Un soir, Kiwi s’assit sur Biscotte. Lila flottait sur le dos, les pattes croisées derrière la tête.
« Quelle couleur préfères-tu ? » demanda-t-elle.
Kiwi regarda l’eau. Il vit le bleu contre le rose, le vert près du jaune, et le violet qui se cachait dans les ombres.
« Celle qui apparaît quand deux couleurs se rencontrent », répondit-il.
Lila sourit.
Au-dessus d’eux, le ciel devenait mauve. La rivière emporta les dernières lueurs entre les roseaux. Elle chantait doucement, comme une chanson connue depuis toujours.
Kiwi remit son béret rouge bien droit, rangea son pinceau et rentra chez lui avec Lila. Derrière eux, l’eau continuait de briller, pleine de couleurs et de souvenirs.
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