3-6 ans

Le ruisseau qui avait perdu son chemin

Un matin, Kiwi découvre qu’un petit ruisseau tourne en rond. Il décide de lui peindre le chemin de l’étang.

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Le matin était frais et doré. Dans la clairière, les feuilles avaient pris des couleurs de miel, de cuivre et de pomme mûre. Kiwi, le petit kiwi rond et duveteux, avançait à petits pas. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était couverte de taches bleues, jaunes et vertes. Sous son aile, il portait une boîte de peintures.

Tout à coup, il entendit un drôle de bruit.

Glouglou. Glouglou. Glouglou.

Kiwi s’approcha du ruisseau. Il le vit passer devant un grand chêne, tourner autour d’une touffe de fougères, puis revenir devant le même chêne.

« Bonjour, petit ruisseau. Tu cherches quelque chose ? »

L’eau fit des bulles.

« Je cherche l’étang, répondit-elle. Mais je tourne en rond depuis ce matin. Mes vaguelettes sont fatiguées. »

Kiwi regarda les pierres, les racines et les herbes couchées. Le chemin de l’eau avait disparu sous les feuilles.

« Ne t’inquiète pas. Nous allons le retrouver. »

À cet instant, une tête brune sortit des roseaux.

« Qui a besoin d’aide ? » demanda Plume la loutre.

Plume sortit de l’eau en secouant ses moustaches. Quelques gouttes brillèrent dans l’air comme de petites perles.

« Le ruisseau n’a plus de passage vers l’étang, expliqua Kiwi. »

« Alors, suivons-le », dit Plume.

Ils marchèrent le long de la rive. Derrière le chêne, le sol était couvert de feuilles. Plus loin, une vieille branche barrait le passage. L’eau essayait de passer à gauche, puis à droite, puis revenait en arrière.

Soudain, une petite voix monta du bord du chemin.

« À mon avis, il faut tourner par ici. »

Kiwi et Plume baissèrent les yeux. Un galet gris, rond et lisse, les regardait avec deux petits yeux peints.

« Je m’appelle Bascule, dit le galet. Je connais toutes les bosses du sol. Je roule parfois dans la mauvaise direction, mais je finis toujours par le savoir. »

Bascule roula jusqu’à une pente douce.

« Regardez ! Sous les feuilles, le terrain descend vers l’étang. »

Kiwi écarta les feuilles avec son petit bec. Plume tira la branche. Le ruisseau glissa un peu, puis s’arrêta contre trois grosses pierres.

« Il faut lui montrer le chemin », murmura Kiwi.

Il ouvrit sa boîte de peintures.

Kiwi choisit sa peinture bleue.

« Je vais peindre des flèches sur les pierres. Elles montreront à l’eau où couler. »

Il trempa son pinceau et dessina une grande flèche sur la première pierre. Puis une autre sur la deuxième. Sur la troisième, il ajouta deux petits tourbillons.

« Celle-ci dit : par ici, puis doucement ! » expliqua-t-il.

Plume lissa la terre avec ses pattes. Bascule se plaça près du passage.

« Quand l’eau arrivera, je lui indiquerai la bonne direction », annonça-t-il.

Kiwi souleva la première pierre. Plume poussa la deuxième. La troisième roula sur le côté, juste à côté de Bascule.

Aussitôt, le ruisseau fit glouglou. Il avança d’un petit pas, puis d’un autre. Il suivit les flèches bleues, contourna la mousse et descendit la pente.

« Ça marche ! » cria Plume.

L’eau chantait maintenant plus fort. Elle traversa un tapis de feuilles rousses, passa sous une arche de branches et fila entre deux rochers.

Kiwi courait derrière elle, son béret dansant sur sa tête.

« Attends-nous, petit ruisseau ! »

Mais le ruisseau ne s’enfuyait pas. Il retrouvait simplement son chemin.

Au bout du sentier, l’étang apparut entre les roseaux. Son eau calme reflétait le ciel pâle et les branches colorées.

Le ruisseau s’y jeta avec un joyeux plouf. De petites vagues vinrent chatouiller les pattes de Plume.

« Me voilà ! » chanta le ruisseau.

Kiwi s’assit sur une souche. Il avait une tache bleue sur le bout du bec et une feuille collée à son béret.

« Tu as retrouvé ton chemin », dit-il.

« Nous l’avons retrouvé », répondit l’eau.

Plume partagea des baies douces. Bascule se plaça sur la plus jolie pierre, celle qui portait la grande flèche.

« Je resterai ici pour surveiller le passage », déclara-t-il. « Et si je roule ailleurs, vous n’aurez qu’à me rappeler. »

Le vent fit danser les feuilles. Quelques-unes tombèrent dans l’étang et partirent en bateau sur les vaguelettes.

Kiwi sortit une dernière couleur de sa boîte. Avec du jaune, il ajouta un petit soleil au bout de chaque flèche.

Puis les trois amis restèrent là, à écouter l’eau chanter.

Il ne tournait plus en rond.

Il avançait doucement, vers l’étang, sous les arbres de la saison dorée.

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