6-9 ans
La rivière qui dessinait des chemins
Un matin, dans cette histoire pour enfants, Kiwi découvre qu’une petite rivière change de direction chaque fois qu’un animal lui raconte un souvenir.
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Un matin de printemps, Kiwi sortit de son atelier, son béret rouge de travers et sa blouse blanche couverte de taches bleues, jaunes et vertes. Il portait une boîte de pinceaux sous son aile.
Près de la clairière, il s’arrêta net. La petite rivière n’était plus à sa place. Hier encore, elle glissait tout droit entre les fougères. Aujourd’hui, elle tournait autour d’un vieux rocher, puis serpentait vers les grands arbres.
Lila la loutre apparut dans l’eau, le museau brillant.
« Tu as vu ça, Kiwi ? — Oui. La rivière dessine un nouveau chemin ! — Elle le fait chaque fois qu’un animal lui raconte un souvenir, expliqua Lila. Écoute. »
Un hérisson s’approcha et raconta le jour où il avait trouvé une pomme rouge sous un buisson. Aussitôt, l’eau fit une jolie boucle autour du buisson.
Une mésange parla d’un nid construit dans un arbre creux. La rivière se faufila jusqu’à cet arbre.
Kiwi ouvrit grand les yeux.
« Mais les animaux vont se perdre ! — Alors, peignons des repères, proposa Lila. — Des repères de toutes les couleurs ! »
Kiwi et Lila travaillèrent toute la matinée. Sur une pierre, Kiwi peignit une grande spirale bleue. Sur un tronc, il dessina une feuille jaune. Près d’un petit pont, Lila posa des coquillages blancs en forme de flèche.
Bientôt, chaque souvenir avait son signe.
La tortue suivait les feuilles jaunes pour retrouver l’étang où elle avait appris à nager. Le renard suivait les pierres bleues jusqu’au champ de trèfles où il avait dormi au soleil. Les lapins regardaient les coquillages blancs pour rejoindre la clairière.
À chaque histoire, la rivière changeait encore un peu. Elle passait derrière un bouquet de jonquilles, puis sous les branches d’un saule. Kiwi courait de-ci, de-là, son pinceau à la patte.
« Ce chemin mène à la clairière ! cria-t-il. — Et celui-ci mène au souvenir du vieux blaireau ! ajouta Lila.
Les animaux se retrouvaient sans peine. Ils s’arrêtaient parfois pour écouter une nouvelle histoire. Alors, la rivière chantait doucement contre les cailloux, comme si elle aussi se souvenait.
Mais le lendemain, le ciel devint gris. Une pluie douce commença à tomber, puis elle se fit plus forte. Les gouttes lavèrent les pierres, les troncs et les coquillages.
Quand le soleil revint, les peintures avaient disparu. Les feuilles jaunes n’étaient plus que des traces pâles. Les spirales bleues coulaient jusqu’au sol. Même les coquillages s’étaient éparpillés dans la boue.
Un petit lapin s’arrêta au bord de l’eau.
« Je ne sais plus où aller », murmura-t-il.
Kiwi baissa la tête. Sa blouse était trempée et son pinceau ne servait plus à rien.
Lila posa doucement une patte sur son aile.
« On peut repeindre demain. — Mais la rivière peut changer encore cette nuit, répondit Kiwi. Nous n’aurons jamais assez de couleurs. »
Alors, le vieux blaireau s’avança.
« Je me souviens du chemin. Il faut passer entre les deux bouleaux, puis écouter le pic vert. »
La tortue ajouta :
« Moi, je connais le détour par les jonquilles. »
Peu à peu, chaque animal raconta son souvenir. Kiwi releva la tête.
Kiwi eut une idée. Il prit une longue branche et traça dans la boue les premiers chemins. Le blaireau marcha devant en répétant son souvenir. La tortue fredonna le détour des jonquilles. Lila fit claquer doucement sa queue contre l’eau pour marquer le passage du pont.
Bientôt, tous les animaux avançaient ensemble. À chaque carrefour, quelqu’un racontait une histoire. La rivière semblait écouter. Elle brillait, tournait, puis ramenait ses eaux vers la clairière.
Le petit lapin retrouva sa famille sous le grand chêne.
Le lendemain, Kiwi repeignit les repères, mais il en ajouta de nouveaux. Une plume indiquait le chemin de la mésange. Une brindille en forme de fourche rappelait le souvenir du renard. Et près du pont, il écrivit sur une planche : « Souviens-toi, puis raconte. »
Dès lors, les animaux n’eurent plus peur des pluies. Quand les couleurs s’effaçaient, ils se réunissaient et partageaient leurs histoires. La rivière dessinait alors de nouveaux chemins, et chacun retrouvait la clairière.
Le soir, Kiwi s’assit près de Lila. L’eau murmurait entre les pierres.
« Tu crois qu’elle se souvient de tout ? demanda Lila. — Peut-être, répondit Kiwi. Ou peut-être qu’elle aime simplement nous écouter. »
Sous les étoiles, la rivière continua son voyage, douce et brillante, comme un pinceau dans la nuit.
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