La ronde des petits pinceaux
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Au fond d’un jardin, entre les pâquerettes et les feuilles de menthe, vivait Kiwi. C’était un petit oiseau rond et duveteux. Il portait toujours un béret rouge et une blouse tachée de bleu, de vert, de rose et même d’un peu de violet. Kiwi aimait peindre tout ce qu’il voyait : une feuille qui brillait après la pluie, une coccinelle sur un caillou, une pomme rouge oubliée dans l’herbe.
Dans son atelier, il gardait une grande boîte en bois. Elle était pleine de petits pinceaux. Il y avait Pim, le pinceau jaune, qui adorait les rayons du soleil, Petit pinceau, tout fin, et Pinceau tout doux, avec des poils souples comme des plumes.
Ce matin-là, le jardin changeait de saison. Les dernières feuilles rousses tourbillonnaient, tandis que de minuscules fleurs pointaient déjà le bout de leur nez. Kiwi regarda le ciel gris perle.
« J’aimerais peindre une image qui rassemble toutes les saisons », murmura-t-il.
Il ouvrit sa boîte. Pim bondit le premier.
« Moi, je peux peindre la lumière ! »
Petit pinceau remua sa pointe.
« Et moi, les petits détails ! »
Pinceau tout doux se balança lentement.
« Moi, je ferai les nuages et les pétales. »
Kiwi sourit. Il installa une grande toile entre deux branches.
« Alors, les amis, commençons ensemble. »
Tourne, tourne, petit pinceau, fais danser les couleurs en rond !
Pim trempa ses poils dans le jaune. Il glissa sur la toile et dessina un grand soleil rond, juste au-dessus des herbes.
« Un soleil pour réchauffer l’hiver ! » chantonna-t-il.
Petit pinceau choisit le bleu. Il traça un ruisseau fin qui serpentait entre les fleurs, puis ajouta de petites gouttes de pluie.
« De l’eau pour réveiller le printemps ! »
Pinceau tout doux plongea dans le vert. D’un seul mouvement, il fit naître une prairie. Il ajouta des feuilles, des fougères et une haie pleine de bourgeons.
Kiwi regardait la toile, le bec entrouvert.
« On dirait que le jardin grandit sous nos yeux ! »
Une famille de souris sortit d’un trou. Deux escargots avancèrent sur une pierre brillante. Un merle vint se poser près du chevalet.
« Que peignez-vous ? » demanda le merle.
« Une image qui n’existe pas encore », répondit Kiwi. « Elle aura les couleurs de toutes les saisons. »
Les pinceaux se mirent à bouger plus vite. Pim ajouta des rayons dorés. Petit pinceau dessina des flocons légers, puis des graines qui s’envolaient. Pinceau tout doux peignit des nuages roses et une grande lune pâle.
Mais, soudain, toutes les couleurs se rencontrèrent au milieu de la toile. Le jaune toucha le bleu. Le bleu glissa dans le rose. Le vert se mêla au rouge.
« Oh ! » fit Kiwi.
La peinture se mit à tournoyer.
Tourne, tourne, petit pinceau, fais danser les couleurs en rond !
La toile fit un petit bruit de pluie : ploc, ploc, ploc ! Puis les couleurs sortirent du cadre en une longue spirale.
Une bande rouge dansa au-dessus des coquelicots. Une bande orange passa devant les citrouilles du potager. Une bande jaune illumina les ailes d’un papillon. Une bande verte courut le long des buissons. Puis vinrent le bleu, le violet et toutes les teintes que Kiwi n’avait pas encore nommées.
« Regardez ! » s’écria Pim.
Un arc-en-ciel venait d’apparaître au-dessus du jardin. Il était si grand qu’il touchait presque les deux collines, de chaque côté du chemin.
Le vent fit frissonner les herbes. Les animaux levèrent la tête. La taupe sortit doucement de sa galerie. Le hérisson avança entre les feuilles. Les abeilles quittèrent les fleurs et les grenouilles sautèrent près de la mare.
L’arc-en-ciel se courba comme un pont, puis se mit à tourner très lentement.
« Il nous invite ! » dit le merle.
Kiwi prit Pim dans une aile, Petit pinceau dans l’autre, et accrocha Pinceau tout doux à sa blouse. Tous avancèrent en rond autour de la toile.
La souris tournait avec la taupe. Le papillon dansait avec les abeilles. Le hérisson suivait les grenouilles, sans se presser.
« Plus vite ? » demanda Pim.
« Pas trop vite », répondit Kiwi en riant. « Il faut laisser de la place aux couleurs. »
Tourne, tourne, petit pinceau, fais danser les couleurs en rond !
La ronde continua jusqu’à ce que le ciel prenne une couleur lavande. L’arc-en-ciel ralentit. Ses couleurs descendirent doucement sur la toile, une par une, comme des rubans qui rentrent dormir.
Les animaux s’assirent dans l’herbe. Les abeilles retournèrent aux fleurs. Le hérisson se blottit sous une grande feuille. Même les grenouilles se tinrent tranquilles, les pattes posées sur le bord de la mare.
Kiwi contempla son tableau. Il y avait le soleil et la neige, les feuilles rousses et les jeunes pousses, la pluie et les étoiles. Tout semblait différent, et pourtant tout allait bien ensemble.
« On dirait le jardin quand il rêve », souffla-t-il.
Pim se posa sur le rebord de la boîte.
« On pourra recommencer demain ? »
« Oui », répondit Kiwi. « Demain, nous peindrons peut-être le vent. Ou le parfum des fleurs. Ou le chemin que suivent les fourmis. »
Petit pinceau bâilla dans son pot. Pinceau tout doux se coucha contre lui.
Avant de fermer la boîte, Kiwi ajouta une dernière petite touche : un point de blanc sur l’aile du papillon peint. Puis il accrocha la toile entre les deux branches.
Le jardin la regarda en silence. Dans le ciel, une minuscule lueur colorée resta suspendue, comme un clin d’œil.
Kiwi remit son béret droit et rentra dans son atelier avec ses amis.
Et, derrière eux, les fleurs, les feuilles, les animaux et le ruisseau continuèrent de tourner tout doucement, juste assez pour que le jardin garde son rythme.
Tourne, tourne, petit pinceau, fais danser les couleurs en rond !
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