La tache bleue de Monsieur Hérisson

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Au fond du jardin, dans une maison faite de feuilles sèches, Monsieur Hérisson ouvrit un œil, puis l’autre.

Il s’étira doucement. Ses piquants craquèrent comme de petites brindilles. Il alla se regarder dans un miroir rond, accroché près de la porte.

Alors il resta bouche bée.

Sur le bout de son nez, il y avait une grande tache bleue. Une vraie tache de ciel, brillante et parfaitement ronde.

« Oh là là… Qu’est-ce que je vais faire ? » murmura-t-il.

Ce jour-là, il devait se promener jusqu’au vieux chêne. Il aimait saluer les voisins, renifler les champignons et écouter les merles chanter. Mais avec cette tache, il n’osait même plus sortir.

Il tira les rideaux.

« On va se moquer de moi. On va regarder mon nez au lieu de regarder les fleurs. »

Monsieur Hérisson s’assit sur son tapis et soupira. Dehors, le soleil se glissa entre les rideaux. Un petit rayon dansa sur la tache bleue.

À cet instant, quelqu’un frappa trois petits coups à la porte.

« Monsieur Hérisson ? Tu es là ? »

C’était Kiwi, le petit kiwi peintre.

Kiwi était rond et duveteux, avec de minuscules ailes, de fines pattes et un long bec courbé. Il portait toujours son béret rouge et sa blouse tachée de jaune, de vert et de violet. Sous son aile, il tenait une boîte pleine de pinceaux.

« Entre, Kiwi, ce n’est pas fermé », dit Monsieur Hérisson sans bouger de son tapis.

Kiwi passa la tête par la porte.

« Pourquoi restes-tu caché ? »

Monsieur Hérisson montra son nez.

Kiwi pencha la tête à droite, puis à gauche. Il approcha son bec, sans toucher.

« Je vois une tache bleue », dit-il. « Mais je vois aussi une très bonne place pour une fleur. »

« Une fleur ? Sur mon nez ? »

« Pourquoi pas ? Les fleurs aiment les endroits inattendus. »

Kiwi sortit un petit pinceau rond. Il peignit des pétales jaunes tout autour de la tache, puis un minuscule point orange en son milieu. Une fine tige verte grimpa le long du museau.

Monsieur Hérisson se regarda encore.

La tache bleue était devenue une jolie fleur, comme une petite pensée qui aurait décidé de pousser là.

« Elle a l’air de sourire », souffla-t-il.

« Alors, fais-lui faire une promenade », répondit Kiwi.

Monsieur Hérisson ouvrit la porte.

Dehors, la lumière était douce. Il fit trois pas. Puis cinq. La fleur sur son nez se balançait à chaque mouvement.

Près de la mare, Lapine leva les yeux.

« Quelle jolie fleur ! Je peux ajouter quelques feuilles ? »

Elle dessina deux petites feuilles vert tendre sur les joues de Monsieur Hérisson.

Écureuil arriva avec une coquille de noisette pleine de peinture dorée.

« Je connais un motif qui brille comme l’automne. »

Il peignit de minuscules étoiles au-dessus des feuilles.

Taupe sortit de son tunnel avec un pinceau très fin.

« Moi, je peux faire des spirales. »

Ses spirales brunes coururent sur les pattes de Monsieur Hérisson.

Même Escargot voulut participer. Il laissa une ligne argentée autour d’un piquant, puis une autre autour du suivant.

Monsieur Hérisson tournait lentement sur lui-même pour que chacun trouve une place.

« Est-ce que je peux garder un peu de bleu ? » demanda-t-il.

« Bien sûr », dit Kiwi. « C’est le début de tout. »

Le jardin semblait s’être transformé en atelier. On entendait les pinceaux glisser, les rires, et le petit ploc de la peinture dans les pots.

Quand le soleil commença à descendre, tout le monde recula d’un pas.

Monsieur Hérisson portait maintenant un costume que personne n’aurait pu prévoir. Sur son nez, sa fleur bleue et jaune semblait saluer le monde. Sur ses joues dansaient des feuilles. Des étoiles dorées brillaient entre ses piquants. Des spirales suivaient ses pattes, et de fines lignes argentées scintillaient dans son dos.

« Je ne ressemble à personne », dit-il.

Kiwi sourit sous son béret rouge.

« C’est vrai. Ton costume n’existait pas avant aujourd’hui. »

Monsieur Hérisson regarda le chemin qui menait au vieux chêne. Il le prit d’un pas tranquille.

En route, il salua les merles, renifla les champignons et s’arrêta pour admirer son reflet dans la mare.

La fleur sur son nez tremblait un peu dans le vent. Elle ne cachait rien. Elle racontait simplement une journée pleine de pinceaux, de voisins et d’idées.

Le soir, Monsieur Hérisson rentra chez lui.

Il laissa les rideaux grands ouverts.

Et, avant de se coucher, il posa le miroir près de sa table de nuit, juste pour revoir son drôle de nez fleuri.

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