3-6 ans

Le pas léger de Kiwi

Avec son béret rouge et sa blouse pleine de couleurs, Kiwi traverse la forêt en inventant une musique si douce que personne ne se réveille.

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Au bord de la forêt, l’air sentait la terre mouillée et les feuilles neuves. Kiwi sortit de son petit atelier, rond comme une pelote de laine, duveteux de la tête aux pattes. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était tachée de bleu, de jaune et de vert. Sous son aile, il tenait un pinceau et une petite boîte de peinture.

« Aujourd’hui, je vais peindre les sons du chemin », murmura-t-il.

Il posa une patte devant l’autre. Pas sur les branches sèches. Pas dans les nids de mousse. Il avançait entre les fougères, en évitant les cailloux pointus et les flaques rondes où le ciel se regardait.

Ses pas faisaient à peine frouf.

Kiwi chanta tout bas :

Pas à pas, tout doux, tout bas, Kiwi marche et la forêt dort.

Il passa sous un grand noisetier. Une goutte tomba d’une feuille et fit ploc dans une flaque. Kiwi sourit. Il trempa son pinceau dans le bleu et peignit un petit rond sur son carnet.

Plus loin, une feuille rousse glissa sur le sol. Chuchuchu. Kiwi ajouta une touche orange.

La forêt respirait doucement. Un écureuil entrouvrit un œil, puis le referma. Une araignée poursuivit son fil. Même le vent semblait marcher sur la pointe des pieds.

Kiwi continua son chemin, léger comme une plume.

Près d’un rideau de fougères, Kiwi entendit un minuscule ploc, puis un autre.

« Qui chante avec moi ? » demanda-t-il.

Une rainette verte sortit d’une feuille en secouant ses petites pattes. C’était Pim. Une goutte brillait sur son nez.

« C’est moi, Pim ! Je peux ajouter un son ? »

« Bien sûr. Mais tout petit, alors. »

Pim gonfla sa gorge et chanta : « Ploc, ploc ! »

Kiwi frappa doucement une racine avec son pinceau. Pim sauta sans bruit sur une pierre plate. Ensemble, ils reprirent :

Pas à pas, tout doux, tout bas, Kiwi marche et la forêt dort. Ploc, ploc, la pluie chante, Pim saute et la mousse danse.

Ils longèrent une flaque large comme une assiette. Kiwi posa une brindille dessus. Pim bondit de l’autre côté. La brindille trembla, mais ne coula pas.

« Regarde, Kiwi ! La flaque a une bouche. »

Dans l’eau, le reflet du ciel semblait sourire.

Kiwi mélangea du blanc et du gris pour peindre les nuages. Pim ajouta deux petites taches vertes pour les feuilles flottantes.

Puis une pluie fine se mit à tomber. Elle ne faisait pas peur. Elle tintait sur les fougères, les champignons et les cailloux.

Ploc, ploc, ploc.

Pim se glissa sous une feuille. Kiwi rabattit son béret et avança près de lui. Leurs pas étaient si doux qu’une coccinelle resta endormie sur une tige.

La pluie s’arrêta au moment où le chemin devint couvert de feuilles. Kiwi et Pim avancèrent encore. Soudain, un bruit rond roula derrière eux.

« Roulis ? » appela Pim.

Un petit hérisson apparut entre deux touffes de mousse. Il portait une feuille collée sur le dos.

« J’ai entendu votre chanson », dit Roulis. « Je voudrais y mettre mon son à moi. »

Il fit trois pas : frouf, frouf, frouf. Ses piquants frôlaient les feuilles sèches sans les faire voler.

« C’est parfait ! » chuchota Kiwi.

Alors ils chantèrent :

Pas à pas, tout doux, tout bas, Kiwi marche et la forêt dort. Ploc, ploc, la pluie chante, Pim saute et la mousse danse. Frouf, frouf, sous les feuilles, Roulis roule sans bruit.

Roulis se mit en boule pour descendre une pente minuscule. Il roula jusqu’à une racine, puis se déplia avec une feuille sur le nez.

Pim gloussa. Kiwi dessina la scène avec un peu de brun et beaucoup de jaune.

Au-dessus d’eux, les branches portaient encore quelques feuilles vertes, tandis que d’autres devenaient dorées. La forêt changeait de robe sans se presser.

« Quelle couleur a le mois qui arrive ? » demanda Pim.

Kiwi regarda le ciel.

« Peut-être un mélange de toutes les couleurs. »

Il trempa son pinceau dans le rouge, le bleu et l’ocre. Puis il fit tourner les teintes sur la page. On aurait dit un petit tourbillon de saison.

Roulis posa délicatement sa patte sur le coin du carnet pour que le vent ne l’emporte pas.

Au bout du chemin, les trois amis découvrirent une clairière. Au centre, une vieille souche ressemblait à une table. Kiwi y posa son carnet.

Il ouvrit la dernière page. Les sons y étaient devenus des couleurs : le ploc bleu, le frouf brun doré, le petit pas vert de Pim, et le souffle gris du vent.

« Il manque quelque chose », dit Kiwi.

Pim leva les yeux. Roulis dressa ses piquants.

Alors Kiwi imagina une musique pour demain. Une musique de bourgeons, de soleil tiède et d’herbes qui se redressent après la pluie.

Les trois amis chantèrent une dernière fois :

Pas à pas, tout doux, tout bas, Kiwi marche et la forêt dort. Ploc, ploc, la pluie chante, Pim saute et la mousse danse. Frouf, frouf, sous les feuilles, Roulis roule sans bruit. Chut, chut, le vent écoute, Nos couleurs suivent la route.

Puis ils gardèrent le silence.

Dans la clairière, une goutte tomba d’une branche. Une feuille bougea. Très loin, un oiseau répondit par une note claire.

Personne ne s’était réveillé. Pourtant, la forêt entière avait entendu.

Kiwi referma son carnet et le serra contre son ventre rond.

« Demain, on peindra le matin ? » demanda Pim.

« Et après-demain, le soleil ? » ajouta Roulis.

Kiwi inclina son béret rouge.

« Oui. Mais en marchant doucement. »

Ils repartirent tous les trois entre les fougères, les cailloux et les flaques. Ploc, frouf, pas léger. La chanson continuait, presque sans bruit.

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