Le pinceau trop pressé

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Dans un petit atelier installé sous un grand arbre, Kiwi préparait son tableau du matin. Kiwi était un petit kiwi rond et duveteux. Ses plumes brunes faisaient une boule douce autour de son ventre. Il portait un béret rouge, posé de travers, et une blouse blanche couverte de taches jaunes, bleues, vertes et violettes.

Sur la table, il avait installé plusieurs pots de peinture, de toutes les couleurs. Un pot pour le soleil. Un pot pour l’herbe. Un pot pour les fleurs. Et d’autres pots pour les couleurs qu’il aimait simplement regarder.

« Aujourd’hui, je vais peindre un jardin joyeux, annonça Kiwi. Il y aura une grande fleur, deux papillons et peut-être une mare brillante. »

Il prit son pinceau préféré. C’était un pinceau fin, avec un manche orange et des poils doux comme une petite moustache.

Kiwi trempa le pinceau dans la peinture jaune. Il le leva au-dessus de la toile.

Mais le pinceau fila tout seul.

Frouf ! Il traversa la toile en diagonale et laissa une longue traînée jaune.

« Hé, attends-moi ! » cria Kiwi.

Le pinceau plongea dans le bleu, repartit dans le rouge, tourna dans le vert et mélangea tout sur la toile. En quelques secondes, le jardin devint une grande soupe de couleurs.

Kiwi resta le bec ouvert. Son béret glissa sur son œil.

Le pinceau ne s’arrêta pas. Il courut en zigzag, fit trois petits ronds, puis glissa dans la peinture violette.

« Ce n’est pas une fleur, ça ! » dit Kiwi en essayant de l’attraper.

Il posa une aile sur le manche. Le pinceau tira vers la gauche. Kiwi partit vers la droite. Il posa l’autre aile dessus. Le pinceau bondit vers le haut et éclaboussa le bout de son béret.

« Oh ! Ma peinture ! »

À ce moment-là, ses amis arrivèrent.

Lila la souris portait un tablier rose. Malo le hérisson avait une minuscule casquette verte. Zazou la grenouille avançait en sautillant, avec des chaussettes rayées qui ne remontaient jamais pareil.

Tous regardèrent la toile.

Au milieu du jaune, du bleu, du rouge et du vert, une grosse tache marron s’étalait comme une flaque. Une ligne violette ressemblait à une queue de comète. Des points orange avaient atterri sur le sol.

« Ton pinceau a l’air pressé », remarqua Lila.

« Il veut peut-être finir avant de commencer », ajouta Malo.

Le pinceau fit encore un tour. Il passa dans le rose, puis dans le bleu clair. Une nouvelle traînée apparut sur la toile, longue et brillante.

Kiwi soupira. Il allait gronder le pinceau. Il ouvrit le bec, mais aucun mot ne sortit.

Zazou tapa doucement dans ses mains.

« Écoute. Il fait poum, poum, poum avec son manche. »

Tout le monde se tut.

Poum, poum, poum.

Le pinceau dansait sur la table.

Kiwi pencha la tête. Poum, poum, poum. Le pinceau tapait encore.

« Et si on ne lui demandait pas de rester tranquille ? » dit Kiwi.

Lila cligna des yeux.

« Tu veux le laisser courir ? »

« Oui. Mais pas n’importe comment. On va faire une danse de pinceaux. »

Kiwi distribua les pinceaux. Lila prit un pinceau rond pour faire des points. Malo choisit un pinceau large pour les grandes traces. Zazou attrapa un pinceau minuscule entre ses doigts palmés.

Kiwi leva son pinceau orange.

« Quand je lève l’aile, on avance. Quand je tourne, on tourne. Quand je m’arrête, on fait une forme. »

La musique commença sans instrument. Kiwi chantonnait doucement :

« Un pas à gauche, un pas à droite, Une couleur qui fait la fête ! »

Les pinceaux glissèrent sur la toile.

Lila fit trois ronds roses. Ils devinrent des fleurs.

Malo poussa son gros pinceau de bas en haut. Il peignit une colline verte, large et moelleuse.

Zazou sautilla avec son petit pinceau. Il dessina cinq gouttes bleues. Elles devinrent une mare brillante.

Kiwi suivit le mouvement de son pinceau trop pressé. Cette fois, il ne le serra pas fort. Il l’accompagna. Le pinceau fila en courbe et dessina une grande spirale jaune.

« On dirait un soleil qui tourne ! » s’écria Lila.

Puis le pinceau de Kiwi plongea dans le rouge. Il fit un petit cercle au-dessus de la colline. Le cercle devint un ballon accroché à une ficelle.

Les couleurs dansaient sans se bousculer. Elles se touchaient parfois, juste assez pour inventer de nouvelles teintes.

La danse continua encore un peu.

Lila ajouta des pétales autour des fleurs. Malo peignit un chemin doré qui serpentait entre les herbes. Zazou posa deux petits points noirs dans la mare. Ils devinrent les yeux d’une grenouille peinte.

Kiwi observa le tableau. On y voyait une colline verte, une mare bleue, trois fleurs roses, un soleil en spirale et un ballon rouge. Dans le ciel, la longue traînée violette du début ressemblait maintenant à un arc-en-ciel tout fin.

Le pinceau trop pressé ralentit enfin. Il trembla une dernière fois, puis s’arrêta au bord de la toile.

Kiwi lui tapota le manche.

« Tu avais donc toutes ces idées, toi ? »

Le pinceau resta bien droit dans son pot. Ses poils étaient couverts de couleurs, mais il avait l’air content.

Les amis reculèrent pour regarder leur tableau.

« Il manque quelque chose », dit Malo.

Zazou leva une patte.

« Une maison pour la grenouille ! »

Lila prit un petit pinceau et dessina une cabane jaune près de la mare. Kiwi ajouta une porte ronde. Malo fit une cheminée minuscule. Zazou peignit une fumée bleue qui ressemblait à un nuage.

Le soir, le tableau sécha sous l’arbre. Le soleil en spirale brillait encore. Les fleurs roses semblaient bouger dans le vent. Même le pinceau orange avait une petite tache violette sur le bout.

Kiwi remit son béret bien droit.

« Demain, on recommence la danse ? » demanda-t-il.

Le pinceau fit un léger tour dans son pot.

Frouf.

Tout le monde se mit à rire, puis chacun choisit une couleur.

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