6-9 ans

Le ruisseau couleur myrtille

Ce matin, de mystérieux rubans bleus glissent dans le ruisseau. Kiwi et Mina doivent découvrir d’où ils viennent avant que la laine d’une future couverture ne change de couleur !

Kiwi, l’oiseau au béret rouge, montre des rubans bleus dans le ruisseau à Mina, une brebis tenant de la laine blanche.

Au matin, Kiwi descendit au ruisseau avec son carnet de croquis. La pluie de la nuit avait laissé des perles sur les fougères. Tout sentait la terre fraîche.

Le petit oiseau rond rajusta son béret rouge, s’assit sur une pierre et ouvrit son carnet. Il allait dessiner une feuille quand quelque chose de bleu passa sous son bec.

Puis une autre chose bleue.

Des rubans ! De longs rubans souples qui se déroulaient entre les cailloux.

Kiwi se pencha. Ce n’étaient pas vraiment des rubans : la couleur se mêlait à l’eau, s’effilochait, puis se reformait un peu plus loin.

« Voilà qui n’était pas là hier… »

Un panier craqua derrière lui. Mina arrivait, ses petites oreilles dressées au-dessus d’une montagne de laine blanche.

« Tu me fais une place ? demanda la brebis. Je voudrais laver tout ça avant midi. Ma couverture n’attend plus que cette laine ! »

Elle prit une première poignée.

« Attends ! Regarde l’eau. »

Mina suspendit son geste. Un filet bleu passa juste sous la laine.

« Oh ! Ma couverture aurait des rayures !

– Des rayures pas forcément au bon endroit », précisa Kiwi.

Ils posèrent le panier sur une grosse racine. Mina observa le courant, les yeux plissés.

« Quelqu’un a peut-être écrasé des myrtilles plus haut.

– Assez pour parfumer une tarte géante ? »

Kiwi referma son carnet. Ce matin, le ruisseau venait de leur proposer un tout autre dessin.

Ils partirent vers l’amont, là d’où venait l’eau. Kiwi avançait sur la berge, sa blouse tachée de couleurs accrochant parfois une brindille. Mina le suivait en écartant les branches.

À chaque détour, ils retrouvaient les filets bleus.

« Les myrtilles poussent de ce côté », annonça Mina.

Mais les buissons ne portaient que de petites fleurs pâles. Pas une baie à écraser, pas même une baie à goûter.

« Notre tarte géante devra attendre », soupira Kiwi.

Ils continuèrent jusqu’au petit pont de bois voisin de son atelier. Là, Mina s’arrêta si brusquement que Kiwi lui rentra dans la laine.

« Regarde avant le pont. »

L’eau était transparente. On distinguait chaque grain de sable, les cailloux roux et une brindille qui tournait dans un creux.

Sous le pont, en revanche, une traînée bleue apparaissait près de la rive.

Kiwi passa d’un côté à l’autre.

« Clair ici… bleu là… »

Mina s’accroupit. Entre deux touffes d’herbe, une rigole rejoignait le ruisseau. Un mince écoulement bleuté y glissait.

« Ce n’est pas le ruisseau qui devient bleu tout seul, dit-elle. Quelque chose coule dedans ! »

La rigole serpentait sous les boutons-d’or, puis remontait vers l’atelier.

Kiwi regarda sa porte verte. Il y avait peint, la veille, un minuscule escargot souriant.

« Mon atelier ? Mais je n’ai rien renversé… »

Il le dit avec assurance. Puis, après un instant :

« Enfin, rien dont je me souvienne. »

Accroupis près du pont, Kiwi et Mina observent une rigole venant de l’atelier, dont l’eau bleue rejoint le ruisseau transparent.

Dans l’atelier, les pinceaux séchaient, tête en haut, dans une vieille tasse. Des tableaux occupaient les murs : un merle, des collines et un nuage qui ressemblait beaucoup à une pomme de terre.

Kiwi ouvrit le placard à peinture.

« Rouge, jaune, vert… Tout est fermé. »

Mina examina le plancher. Aucune flaque. Elle regarda sous la table, derrière les toiles, jusque dans une pantoufle.

« Pourquoi dans ma pantoufle ? demanda Kiwi.

On ne sait jamais où se cache un mystère », répondit Mina.

Ils ressortirent. La rigole brillait toujours d’un bleu léger.

Mina se mordilla la lèvre.

« Et si ça continuait toute la journée ? La laine doit encore sécher avant que je puisse la filer. »

Kiwi imagina son amie attendant devant son panier, tandis que le soleil traverserait lentement le ciel. Il chercha quelque chose à répondre, mais ne trouva rien de très utile.

Ploc.

Une goutte venait de tomber près de sa patte.

Ploc.

Une autre s’écrasa sur une feuille. Bleue.

Ils levèrent la tête. Au bord du toit, plusieurs gouttes rondes tremblaient avant de tomber. Juste dessous commençait la rigole.

« Ça vient d’en haut ! » souffla Mina.

Kiwi recula pour examiner les tuiles.

« Pourtant, mon toit n’est pas bleu… »

Un souvenir lui chatouilla l’esprit : son dernier tableau, un ciel d’orage, un pinceau trop chargé… Puis plus rien.

Il fronça le bec. Pour une fois, il aurait aimé avoir une mémoire moins trouée que sa vieille éponge.

Devant l’atelier ouvert, Kiwi et Mina regardent des gouttes bleues suspendues à la gouttière, dont une tombe sur une grande feuille.

Derrière l’atelier, le terrain remontait en petite bosse. De ce côté, le bord du toit arrivait presque à hauteur du béret de Kiwi.

Les deux amis contournèrent le bâtiment. Mina écarta une branche de sureau.

« Là ! Quelque chose dépasse de la gouttière. »

C’était une anse, presque cachée sous une feuille mouillée.

Kiwi s’approcha et tendit le cou. Il resta immobile, puis lâcha un « Oh » qui contenait beaucoup de choses.

Il attrapa l’anse et souleva un pot. Un reste d’eau bleu foncé tournoyait au fond.

« Mon bleu d’orage… »

Tout lui revint. La veille, il avait installé son chevalet derrière l’atelier pour peindre les nuages. Comme le sol penchait, il avait calé son pot dans la large gouttière, juste à côté de lui.

Puis le vent s’était levé. Il avait rentré sa toile, son chevalet, ses pinceaux… mais pas le pot.

« Pendant la nuit, la pluie l’a rempli, comprit Mina.

Et l’eau a débordé en emportant la peinture ! » ajouta Kiwi.

Kiwi suivit du regard le trajet de l’eau : le pot dans la gouttière, les gouttes au bord du toit, la rigole, puis le ruisseau. Il comprenait enfin comment les trois indices s’emboîtaient.

Mina regarda le pot, puis Kiwi.

« Tu as peint un ciel si grand qu’il est tombé dans l’eau. »

Kiwi baissa son béret sur son front.

« Je voulais seulement un petit orage. Un tout petit. »

Mina essaya de garder son sérieux. Elle n’y arriva pas.

Derrière l’atelier, Kiwi retire de la gouttière basse un pot contenant de l’eau bleu foncé, tandis que Mina écarte une branche.

Kiwi rapporta le pot dans l’atelier. Il le posa cette fois au milieu de la table, où il serait difficile de l’oublier.

Pendant ce temps, Mina glissa une bassine sous le bout de la gouttière. Kiwi revint avec un arrosoir d’eau claire et rinça les dernières traces de peinture. L’eau bleue tomba dans la bassine, au lieu de rejoindre le ruisseau.

Bientôt, il ne resta plus de bleu au bord du toit.

Les deux amis retournèrent près du pont. Une dernière volute passa entre les cailloux, aussi fine qu’un fil de laine. Puis le courant redevint transparent.

Mina attendit encore un peu, les yeux fixés sur le sable clair.

« Je crois que mon eau est revenue. »

Elle alla chercher son panier et trempa une première poignée de laine. Elle la souleva, l’examina de tous les côtés.

Blanche. Parfaitement blanche.

Kiwi laissa échapper un si gros soupir que son béret glissa sur un œil.

Ils lavèrent la laine ensemble, puis l’étalèrent sur une claie au soleil. Mina avait apporté du pain et deux poires. Ils s’assirent à côté de leur ouvrage pour déjeuner.

Kiwi rouvrit son carnet.

« Qu’est-ce que tu dessines ? demanda Mina.

– Une idée de couverture. »

Sur la page, une petite brebis dormait sous un carré blanc, bordé de trois fines rayures bleues.

Mina mâcha sa poire, songeuse.

« Trois rayures, je veux bien. Mais cette fois, on choisira où les mettre. »

Près du ruisseau redevenu transparent, Kiwi montre son carnet à Mina, entre du pain, des poires et de la laine qui sèche.

D’autres histoires à lire