Le tableau qui cherchait sa maison
Lire le texte de l’histoire
Dans son atelier, Kiwi peignait depuis le lever du soleil. C’était un petit kiwi rond et duveteux, avec un béret rouge et une blouse tachée de jaune, de bleu et de vert. Sur sa toile, il avait peint un jardin plein de lumière : des fleurs orange, des feuilles vert tendre, un petit chemin mauve et un ciel couleur de crème. Kiwi recula de trois pas pour regarder son tableau.
« Où pourrais-tu bien aller, toi ? » demanda-t-il.
Le tableau ne répondit pas. Il semblait attendre.
Kiwi prit un clou, un marteau et monta sur son escabeau. Mais, au même instant, une brise entra par la fenêtre. La toile frissonna. Elle glissa du chevalet, traversa l’atelier et s’envola par la fenêtre.
« Hé, attends ! » cria Kiwi.
Il retint son béret d’une patte et courut derrière elle. Le tableau tournoya au-dessus de la cour, puis descendit doucement dans le jardin. Kiwi le suivit, les plumes ébouriffées et les pinceaux encore coincés dans sa poche.
Le tableau se posa près des capucines. Les fleurs orange se balançaient dans le vent, tout près des fleurs peintes.
« Ici, tes couleurs sont jolies », dit Kiwi. « Mais regarde, on ne sait plus lesquelles sont vraies ! »
Une abeille passa devant la toile. Elle hésita entre une fleur peinte et une fleur parfumée, puis fila vers la bonne. Le tableau remonta alors dans l’air et vogua jusqu’au vieux pommier.
Sous l’arbre, les pommes rouges brillaient comme de petites lanternes. Le mauve du chemin peint se glissa entre les racines, mais le vert des feuilles semblait un peu trop sage à côté des branches.
« Ce n’est peut-être pas ici », murmura Kiwi.
Le tableau continua sa promenade. Il flotta au-dessus du bassin, où les nénuphars ronds faisaient écho aux fleurs rondes du tableau. Une grenouille le regarda avec de grands yeux, puis plongea en faisant ploc.
Kiwi courait, sautillait et reprenait son souffle.
« Tu cherches vraiment longtemps, toi ! »
Le tableau dansa dans la lumière et partit vers la maison.
Le tableau se faufila par la fenêtre ouverte de la cuisine. Il aperçut les bols bleus, les torchons jaunes et les carreaux blancs. Il se rapprocha, mais la vapeur d’une marmite brouilla son ciel couleur de crème.
« Ouh là », souffla Kiwi. « Ici, ça sent bon, mais tu risques de prendre un bain de buée. »
La toile repartit par le couloir. Elle longea le salon, où un fauteuil rouge et un tapis rayé semblaient vouloir l’accueillir. Pourtant, le tableau tournait sur lui-même, comme s’il cherchait encore.
Puis il arriva devant une petite porte entrouverte.
Derrière, il y avait une bibliothèque. Pas une grande bibliothèque solennelle. Une petite pièce douce, avec des étagères basses, des coussins, une lampe ronde et des livres de toutes les couleurs. Sur une étagère, des albums montraient des jardins, des oiseaux et des chemins.
Le tableau s’arrêta.
Kiwi entra lentement. Il regarda le bleu d’une couverture, le jaune d’une image, le vert d’un livre posé de travers. Toutes ces couleurs semblaient faire de la place à celles de la peinture.
« Ah », dit Kiwi. « Je crois que tu as trouvé. »
Kiwi alla chercher son clou et son marteau dans l’atelier. Puis il prit délicatement le tableau entre ses deux ailes et l’accrocha au mur, juste au-dessus des coussins. Il recula.
Le jardin peint semblait continuer celui des livres. Le chemin mauve paraissait sortir de la toile pour aller se glisser entre les histoires. Les fleurs orange répondaient aux images voisines. Même le ciel couleur de crème s’accordait avec la lumière douce de la lampe.
Un petit courant d’air fit frémir le tableau, mais il ne s’envola pas.
« Tu es bien ici ? » demanda Kiwi.
La toile resta tranquille.
Kiwi sourit. Il posa son marteau, puis s’installa sur un coussin avec un livre sur les oiseaux. Dans la pièce, les images et les histoires semblaient se blottir les unes contre les autres.
Bientôt, une souris vint feuilleter un album. Puis un lapin choisit une histoire de voyage. Kiwi leur montra la page où un oiseau traversait un jardin plein de fleurs.
« Regardez », dit-il. « On dirait presque notre tableau. »
Dehors, le vent passa devant la fenêtre et continua son chemin. Dans la petite bibliothèque, le tableau, lui, avait enfin trouvé sa maison.
D’autres histoires à lire

Facile · Écran
Chante, feuille, chante
Quand une feuille dorée s’envole au-dessus du jardin, Kiwi et Plume la suivent dans une joyeuse ronde d’automne.

Facile · Écran
Chante, petit pinceau
Ce matin, Kiwi peint le monde en musique, avec Zia la coccinelle à ses côtés.

Facile · Écran
Danse, petit vent
Kiwi le petit peintre écoute le vent et découvre qu’un souffle léger peut faire danser tout le jardin.