Le tapis qui s’envole

Pour aider Alma à traverser la prairie, Kiwi peint un tapis si coloré que le vent pourrait bien vouloir l’emporter.

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Illustration — Le tapis qui s’envole, partie 1

À l’arrivée des jours frais, la prairie devient dorée. Kiwi installe ses pots de peinture près d’un grand carré de tissu. Il porte son béret rouge et sa blouse pleine de taches. Alma observe depuis l’herbe haute. Elle aimerait rejoindre la clairière des amis, mais ses petites pattes restent immobiles. « Je pourrais peindre un chemin pour toi », propose Kiwi. Alma baisse le nez, puis sourit. Kiwi peint des spirales orange, des feuilles vertes et des petits soleils jaunes. Alma ajoute trois points bleus, juste au bord. Le tapis ressemble à un chemin qui danse. Ensemble, ils le posent entre la haie et la clairière. Alma avance d’un pas. Soudain, fffouuu ! Le vent soulève un coin, puis tout le tapis. « Attrape-le ! » crie Kiwi. Le tapis file au-dessus des pâquerettes. Le tapis tourbillonne jusqu’au vieux saule. Kiwi court en zigzag. Alma court derrière lui, plus vite qu’elle ne l’aurait cru. Le tissu se pose enfin dans une flaque large comme une assiette. Ploc ! Des gouttes éclaboussent les soleils jaunes. « Au moins, il ne vole plus », souffle Alma. Mais la pluie commence à tomber. Le tapis se plaque au sol et devient lourd, lourd comme une couverture mouillée. Quand l’averse s’arrête, Kiwi et Alma tirent doucement. Rien ne bouge. Le tapis colle à la boue avec un grand schlop. Ils essaient encore. Schlop ! Enfin, il se décolle, mais une longue déchirure traverse les feuilles peintes. Alma se mordille la moustache. « On peut le réparer », dit Kiwi. Il ramasse des feuilles souples et des brindilles fines. Le chemin n’est pas perdu. Il attend seulement des mains patientes.

Ils posent les feuilles sur la déchirure et les attachent avec des brindilles croisées. À ce moment, une nouvelle rafale emporte un morceau déjà fragile. « Oh non ! » s’écrie Alma. Le morceau coloré tourbillonne jusque derrière un buisson. Kiwi regarde le trou, puis les yeux d’Alma. « Nous allons inventer un nouveau motif. » Sous un rabat, une petite réserve de feuilles attend justement leur pinceau. Kiwi peint des points violets sur les feuilles. Alma les place autour du trou. Une brindille devient une tige, une autre devient une étoile. Peu à peu, la réparation ressemble à une fleur nouvelle. Le ciel s’éclaircit. Alma pose une patte sur le tapis. « Je peux essayer d’avancer ? » « Oui. Je serai juste à côté de toi. » Ils repartent vers la clairière, en tenant bien les quatre coins. Ils sont presque au milieu de la prairie quand le vent revient. D’abord, une petite poussée. Puis une grande bourrasque. Le tapis se soulève doucement comme une voile. Kiwi tient fermement un coin. Alma s’accroche à son aile. « Je tiens ! » Le tapis monte un peu, redescend, puis glisse dans la direction de la clairière. Ensemble, ils tirent les coins jusqu’à ce que le tissu ralentisse enfin. Le tapis atterrit juste devant la clairière. Frouf ! Il glisse encore un peu, puis s’immobilise entre deux touffes de trèfle. Kiwi et Alma restent assis, essoufflés, avec des feuilles dans les plumes et les moustaches. Ils regardent leur chemin. Les couleurs sont froissées, mais la prairie entière semble l’avoir adopté. Alma fait un pas sur le tapis. Puis un autre. Cette fois, elle arrive jusqu’aux amis. Depuis ce jour, la prairie devient leur lieu de rencontre. Alma ne reste plus cachée derrière la haie. Elle accueille les visiteurs près du tapis, avec des noisettes et des histoires de feuilles. Kiwi lui apporte un morceau de tissu neuf. Ensemble, ils peignent une suite au chemin, jusqu’à sa petite porte. Alma trempe son doigt dans le bleu. « Celui-ci, c’est pour montrer qu’on peut toujours agrandir l’amitié. »

Illustration — Le tapis qui s’envole, partie 2

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