Les bottes de pluie de Kiwi
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Après une nuit de pluie, la mare brillait comme un grand miroir bleu. Autour d’elle, les herbes portaient encore des perles d’eau. Kiwi, le petit kiwi rond et duveteux, avançait d’un pas pressé. Son béret rouge penchait sur son œil gauche. Sa blouse était tachée de jaune, de vert et de violet. Sous son aile, il serrait un petit sac de graines.
« Lila m’attend sur l’autre rive, dit-il. Ces graines sont pour son jardin de fleurs sauvages. »
Avant de commencer, Kiwi avait demandé à Madame Canard de surveiller la traversée. La partie de la mare qu’il allait franchir était peu profonde, et les bottes étaient reliées par une corde colorée. Madame Canard tenait la corde depuis la rive.
Une libellule bleue tournoya au-dessus de l’eau. C’était Lila. Elle avait repéré, près du bord, une botte jaune qui flottait doucement.
« Kiwi, regarde ! Une botte ! »
Kiwi posa une patte dessus. La botte se balança, puis resta bien droite, retenue par la corde.
« Un, dit Kiwi. Une botte jaune. »
Il posa l’autre patte. Ploc ! Une petite goutte sauta sur son bec. Kiwi rit et regarda autour de lui. La rive était encore proche, mais la mare s’étendait devant lui, large et tranquille.
« Avance doucement et reste près de la corde, conseilla Madame Canard. Je suis là si tu as besoin de moi. »
« Continue tout droit, ajouta Lila. Les bottes vont te montrer le chemin. »
Kiwi prit une grande inspiration. Sa première traversée de la mare commençait.
Derrière la botte jaune, deux bottes rouges apparurent entre les ronds dans l’eau.
« Deux ! » s’écria Kiwi.
Il avança prudemment sur la première, puis sur la seconde. Les bottes dansèrent un peu, comme si elles avaient des chevilles. Madame Canard gardait une aile près de la corde, prête à l’aider.
Au milieu de la mare, trois canards sortirent d’un bouquet de roseaux.
« Coin-coin ! Tu vas où, Kiwi ? » demanda le plus grand.
« Je vais porter des graines à Lila. »
Les canards nagèrent devant lui. Leurs becs indiquaient les bottes rouges.
« Suis les couleurs ! »
Kiwi aperçut alors trois bottes orange, alignées près d’une touffe de roseaux.
« Trois ! Une, deux, trois ! »
Sur la troisième botte, il s’arrêta pour vérifier son sac. Une graine s’était échappée et roulait dans sa blouse.
« Pas question de l’oublier », murmura-t-il.
Un roseau se pencha au-dessus de lui. Avec sa feuille longue et souple, il ramena la graine dans le sac.
« Merci, monsieur Roseau », dit Kiwi.
Le vent fit frissonner les tiges. Les canards firent coin-coin, les trois bottes orange tournèrent doucement, et Lila vola plus loin.
« Le chemin continue ! » appela-t-elle.
Kiwi avança encore, toujours près de la corde. Il trouva quatre bottes vertes, cachées sous les feuilles des roseaux.
« Quatre ! Une, deux, trois, quatre ! »
À chaque pas, une feuille lui chatouillait le ventre. Kiwi gardait pourtant le compte. Il n’aimait pas mélanger les nombres, surtout quand les bottes bougeaient.
Puis cinq bottes bleues flottèrent jusqu’à lui. Elles venaient du fond de la mare, poussées par une petite vague.
« Cinq ! » dit Kiwi. « Je peux y arriver. »
Madame Canard vérifia que la corde restait bien tendue. Kiwi pouvait ainsi avancer tranquillement, sans s’éloigner du chemin.
Une libellule violette rejoignit Lila. Puis une autre, et une autre encore. Ensemble, les libellules dessinèrent un grand cercle lumineux au-dessus de l’eau.
« Regarde en l’air quand tu hésites », conseilla Lila. « Les ailes montrent la direction. »
Kiwi leva le bec. Le cercle brillait juste au-dessus de six bottes violettes.
« Six ! »
Il posa une patte sur la première. Une goutte tomba de son béret. Il posa l’autre sur la deuxième. Sa blouse fit une petite tache bleue sur la botte. À la sixième, Kiwi aperçut enfin l’autre rive.
Lila l’attendait près d’un carré de terre sombre.
« Encore un peu, Kiwi ! Le jardin est là ! »
Alors Kiwi serra son sac contre lui et continua, pas à pas.
Près de l’autre rive, sept bottes roses flottaient entre des fleurs de menthe.
« Sept ! Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept ! »
Kiwi compta lentement. Il posa son sac sur son dos, puis avança sur les sept bottes sans en manquer une seule.
Huit bottes blanches l’attendaient ensuite. Elles étaient si légères qu’elles semblaient faites de nuages.
« Huit », souffla Kiwi.
La dernière botte blanche le fit tourner sur lui-même. Son béret s’envola.
« Oh ! Mon béret ! »
Lila plongea, attrapa le béret par le bord et le rapporta à Kiwi.
« Merci, Lila. Sans toi, je serais un peintre sans chapeau. »
Derrière elle, neuf bottes multicolores apparurent. Rouge, jaune, verte, bleue, orange, violette, rose, blanche et turquoise.
« Neuf ! » dit Kiwi, les yeux grands ouverts.
Il avança, une botte après l’autre, en tenant la corde. À la neuvième, il entendit un doux froufrou dans les feuilles.
Dix bottes dorées formaient le dernier passage jusqu’à la terre ferme.
« Dix ! » cria Kiwi. « Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ! »
Il posa le pied sur l’herbe. Madame Canard détacha doucement la corde et ramena les bottes au bord de la mare. Lila se posa sur le béret de Kiwi. Kiwi ouvrit son sac. Toutes les graines étaient là.
« Pour ton jardin », dit-il.
Lila planta la première graine. Kiwi planta la deuxième. Puis ils plantèrent les autres ensemble, tout près de la mare.
Le soleil sortit entre deux nuages. Les bottes colorées, rangées sur la rive, ressemblaient à un petit arc-en-ciel. Kiwi prit son pinceau et peignit leur souvenir sur une grande feuille.
« Demain, dit Lila, on comptera les fleurs ? »
Kiwi sourit.
« Jusqu’à dix, et peut-être davantage. »
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