3-6 ans

Les cinq champignons farceurs

Dans les feuilles d’automne, Kiwi découvre de petits farceurs qui ne tiennent pas en place, même pour se faire peindre !

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Ce matin, la forêt sent la mousse et les feuilles mouillées. Kiwi trottine sur le sentier. Son béret rouge penche sur sa tête ronde. Sa blouse, déjà tachée de couleurs, lui chatouille les pattes.

Il cherche quelque chose à peindre.

Un arbre tordu ? Une flaque dorée ?

Soudain, une petite tache rouge disparaît sous une feuille.

« Tiens… Une fraise qui se promène ? »

Kiwi soulève la feuille du bout de son pinceau. Dessous, un champignon rouge se dandine sur son pied blanc.

« Un champignon ! dit Kiwi. Je vais te peindre. Mais d’abord, ne bouge plus. »

Le champignon se penche à gauche. Puis à droite. Puis il se cache derrière une brindille beaucoup trop mince.

Kiwi pouffe.

« Je vois ton chapeau ! »

Un froissement répond, un peu plus loin.

Nono l’escargot arrive sur une racine, sa coquille ambrée brillante de rosée.

« Tu parles aux feuilles, maintenant ?

— Pas du tout. Je parle à un champignon qui se croit invisible. »

Nono étire ses yeux.

« Alors regarde bien. Les feuilles viennent encore de rire. »

Sous une feuille de châtaignier, quelque chose tremble.

Nono s’approche. Il passe une antenne sous le bord de la feuille.

« Tu dépasses, toi aussi. »

Un champignon jaune surgit et tourne sur lui-même. Sa feuille lui reste posée sur le chapeau comme un immense parapluie.

Kiwi rit si fort que son béret glisse sur un œil.

Il étale une longue feuille devant son chevalet.

« Vous voulez bien vous installer ici ? Je dois vous compter avant de faire votre portrait. »

Le rouge sautille jusqu’à la feuille. Le jaune le rejoint, toujours coiffé de son parapluie.

Kiwi les regarde attentivement.

« Deux champignons ! Un rouge et un jaune. »

Il pose deux petites touches de couleur sur sa palette.

Mais au moment de prendre son pinceau, il aperçoit une bosse bleue derrière une pomme de pin.

La bosse se baisse.

Kiwi se baisse aussi.

La bosse se relève.

Kiwi se relève aussi.

Nono observe ce curieux manège.

« Si tu continues, tu vas finir par faire la gymnastique des champignons.

— C’est peut-être exactement ce qu’ils veulent ! » répond Kiwi.

Nono contourne la pomme de pin. Il découvre un champignon bleu, serré contre une noisette.

« Tu attends que Kiwi ait le tournis ? »

Le bleu remue son chapeau. Puis, hop ! Il rejoint les deux autres sur la grande feuille.

Kiwi lève son pinceau.

« Trois champignons ! Voici le bleu avec ses amis. »

Il rapproche son chevalet. Cette fois, il est prêt.

Plic !

Une goutte tombe sur son bec.

Plic !

Une autre éclabousse sa palette.

Au-dessus de lui, une feuille se balance sans vent.

« Je crois qu’un petit malin secoue la rosée », chuchote Nono.

Kiwi soulève doucement la feuille. Un champignon violet s’y abrite, perché sur une racine. À chaque mouvement de chapeau, les gouttes roulent et tombent.

« Un arroseur de peintre ! Voilà qui manquait à mon atelier. »

Kiwi lui tend une feuille sèche comme un petit pont. Le violet descend et se range près du bleu.

« Quatre champignons ! Rouge, jaune, bleu et violet. »

Nono longe la rangée.

« Tes modèles sont bien alignés.

— Pour l’instant », souffle Kiwi.

Car derrière eux, une feuille orange vient de faire un bond.

La feuille orange avance par petits bonds.

Nono se poste devant elle.

« Tu peux sortir. Il reste de la place. »

Un chapeau orange apparaît. Le dernier champignon secoue sa cachette, fait une pirouette et rejoint la rangée.

« Cinq champignons ! annonce Kiwi. Vous voilà tous ! »

Il prend son pinceau.

Les cinq chapeaux penchent aussitôt du même côté.

Kiwi penche la tête à son tour.

Les champignons se redressent. Kiwi aussi.

Alors une idée lui chatouille le bec.

« Et si je peignais votre danse ? On pourrait l’appeler la Danse des chapeaux de travers. »

Il invente les mouvements :

« On se penche, on se redresse, on frétille du chapeau… puis on fait un petit saut ! »

Nono danse à sa façon. Il balance ses antennes et fait lentement le tour d’un gland.

Kiwi peint des pieds qui gigotent, des chapeaux de travers et des feuilles qui volent. Sur sa toile, les couleurs semblent sautiller.

Quand le tableau est terminé, les cinq farceurs viennent l’admirer.

Kiwi ajoute une minuscule coquille ambrée dans un coin.

« Tu m’as oublié les antennes », remarque Nono.

Kiwi les peint bien haut.

Deux antennes qui dansent.

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