Les dix graines de Kiwi

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Au bord d’un petit bois, Kiwi choisit un coin de terre douce, juste entre une pierre plate et un vieux tronc. Kiwi est un petit oiseau rond et duveteux. Il porte un béret rouge et une blouse blanche tachée de jaune, de bleu et de vert. Quand il réfléchit, son béret penche toujours sur le côté.

Il pose son carnet de peintre, prend une minuscule pelle et creuse un trou.

« Voici une graine », dit-il.

Il dépose une graine ronde, la recouvre doucement, puis peint un petit cercle autour.

Toupie la taupe sort son nez de la terre.

« Pourquoi un cercle ? »

« Pour ne pas oublier où commence mon jardin. »

Kiwi creuse un deuxième trou.

« Voici deux graines », compte-t-il. « Une, deux. »

Toupie lui apporte une goutte d’eau dans une coquille de noix. Puis Plume le ver de terre remue le sol avec son corps souple.

« La terre aime quand elle respire », explique Plume.

Le soir, une averse tambourine sur les feuilles. Le lendemain, Kiwi revient en courant. Au milieu du cercle, une petite tige verte se tient bien droite.

« Une pousse ! » s’écrie-t-il.

Il la dessine avec un pinceau fin. La tige ressemble à un minuscule point d’exclamation.

Le soleil revint entre deux nuages. Kiwi ajouta une troisième graine, puis une quatrième, puis une cinquième. À chaque fois, il disait le nombre à voix haute.

« Trois graines. Quatre graines. Cinq graines. »

Toupie creusa des sillons bien droits. Plume déplaça une brindille qui gênait le passage.

« Ton jardin ressemble à une petite maison », dit Toupie.

« Alors il lui faut des fenêtres », répondit Kiwi.

Il peignit des carrés bleus sur les pierres voisines.

Une nouvelle averse arriva, douce comme un arrosoir posé très haut. Après la pluie, Kiwi compta les pousses.

« Une, deux ! Deux pousses ! »

La première avait grandi. Une deuxième sortait de la terre, encore pliée comme une chaussette.

Le lendemain, trois feuilles s’ouvrirent au-dessus des tiges.

« Une feuille, deux feuilles, trois feuilles », murmura Kiwi.

Toupie apporta ensuite quatre petits cailloux blancs. Kiwi les plaça autour des jeunes plantes.

« Ils feront des bancs pour les coccinelles », dit-il.

À peine avait-il fini que quatre coccinelles arrivèrent, une par une, avec leurs carapaces rouges et leurs points noirs.

La plus petite grimpa sur le béret de Kiwi.

« Elle croit que ma tête est une colline », chuchota-t-il.

Personne ne bougea, pour ne pas la faire tomber. Même le vent sembla marcher sur la pointe des pieds.

Les jours passèrent. Kiwi arrosa seulement quand la terre avait soif. Il ne voulait pas noyer les graines.

Une matinée, il découvrit une sixième pousse, puis une septième. Une huitième apparut près du vieux tronc.

« Six, sept, huit ! » compta Kiwi en touchant chaque tige du bout de son aile.

Les plantes grandissaient de travers. L’une penchait vers la lumière. Une autre se cachait sous une feuille tombée.

« Il leur faut de la place », dit Plume.

Alors Kiwi déplaça les petits cailloux. Toupie creusa un passage autour du jardin. Plume fit des tunnels sous la terre. Chacun travaillait dans son coin, sans bousculer les autres.

Après une longue averse, les huit pousses portaient de jolies feuilles. Puis deux petites fleurs jaunes s’ouvrirent, comme deux soleils minuscules.

« Une fleur, deux fleurs », dit Kiwi.

Il trempa son pinceau dans le jaune et ajouta deux taches lumineuses à son carnet.

Une abeille passa en bourdonnant. Elle s’arrêta sur la première fleur, puis sur la deuxième.

« Elle connaît déjà le chemin », dit Toupie.

Un escargot arriva lentement, avec sa maison brillante sur le dos. Il s’installa sous une grande feuille.

Kiwi observa le jardin en silence. Les tiges, les fleurs, les tunnels et les cailloux ne se ressemblaient pas. Pourtant, tout semblait tenir ensemble, comme les couleurs d’une peinture.

Puis vint la neuvième pousse. Elle avait une tige fine et deux feuilles en forme de cœur.

« Neuf », dit Kiwi, en levant une griffe.

Il regarda la terre. Une petite bosse ronde soulevait encore le sol, tout près de la pierre plate.

Le soir, le ciel devint gris. La pluie tomba longtemps, sans être forte. Elle glissa sur les feuilles, remplit les petits creux et fit chanter le vieux tronc.

Au matin, la bosse avait disparu. Une dixième pousse se dressait dans la lumière.

« Dix ! » cria Kiwi.

Il courut chercher son grand pinceau. Toupie sortit de terre avec une couronne de miettes sur la tête. Plume se balança sur une tige, comme sur une balançoire.

Kiwi compta tout son jardin une dernière fois. Dix pousses. Deux fleurs. Quatre coccinelles. Une abeille. Un escargot. Trois moineaux venus boire dans une feuille creuse.

Il aurait pu peindre chaque chose séparément. Mais il préféra faire un grand tableau. Il peignit les racines sous la terre, les feuilles au soleil, les tunnels de Toupie et les chemins de Plume. Il ajouta les visiteurs, les pierres et même la petite goutte restée sur le béret rouge.

« Où est ma place ? » demanda Toupie.

Kiwi lui tendit le pinceau.

« Là où tu as envie d’être. »

Toupie peignit une ligne brune. Plume ajouta un trait rose. Kiwi dessina dix petits ronds autour du jardin.

Quand le tableau sécha, chacun y trouva son passage. Et dans la terre douce, les dix graines de Kiwi continuaient de grandir, chacune à sa manière.

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