Les graines dans la grande poche

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Au bord du bois, le printemps venait de se réveiller. Les feuilles étaient petites, les flaques brillantes, et l’air sentait la mousse mouillée.

Kiwi trottinait entre les fougères. C’était un petit kiwi rond et duveteux, avec un long bec souple. Son béret rouge penchait sur le côté, et sa blouse bleue était déjà tachée de jaune, de vert et de violet. Kiwi était peintre. Il peignait les cailloux, les nuages et parfois même le bout de son bec.

Ce matin-là, il trouva une grande poche de terre, creusée entre deux racines. Elle était douce, sombre et bien rebondie.

Bulle la taupe sortit juste à côté, avec son petit nez rose couvert de poussière.

« Tu as trouvé une cachette ? » demanda Bulle.

« Mieux encore ! Un jardin, peut-être. »

Dans sa patte, Kiwi tenait une graine brillante, ronde comme une perle.

« J’en plante une, dit-il. Une seule, pour commencer. »

Il creusa un petit trou, posa la graine et la recouvrit doucement. Bulle versa trois gouttes d’eau avec un coquillage.

Le lendemain, une pousse verte pointa le bout de son nez.

« Regarde ! Une pousse ! » chuchota Kiwi.

Il peignit aussitôt une petite pancarte : 1.

Puis il trouva deux graines brillantes sous une feuille de noisetier. Une bleue et une dorée. Il les planta dans la grande poche, l’une près de l’autre.

« Maintenant, nous avons trois graines en tout, compta Bulle. Une, puis deux, cela fait trois ! »

Kiwi sourit. Dans la terre, les petites graines semblaient garder un secret lumineux.

Les jours passèrent. Le soleil monta plus haut, puis une pluie fine vint tambouriner sur les feuilles.

Kiwi et Bulle revenaient chaque matin voir leur grande poche de terre.

Un jour, trois tiges apparurent. Elles portaient des boutons ronds comme de minuscules lanternes.

« Nous avons trois pousses ! » dit Kiwi.

Il les compta avec le bout de son bec : « Une, deux, trois. »

Bulle, qui aimait les chiffres, dessina trois petits ronds dans la boue.

Sous une pierre plate, Kiwi découvrit une nouvelle graine brillante. Elle était rose et brillait comme le ciel au coucher du soleil.

« Celle-ci sera la quatrième », décida-t-il.

Il la planta à l’écart des autres. Une semaine plus tard, une petite fleur jaune s’ouvrit tout près.

Puis Kiwi et Bulle trouvèrent deux graines dans un vieux terrier vide. La première était blanche. La seconde avait des points verts.

« Quatre, cinq, six ! » chantèrent-ils en les plantant.

À présent, le jardin avait six graines en tout. Les trois premières tiges grandissaient. La quatrième petite plante déployait ses feuilles, et les cinquième et sixième graines dormaient encore sous la terre.

Kiwi sortit ses pinceaux. Il peignit six cailloux de couleurs différentes et les plaça en rond autour du jardin.

Le premier caillou fut rouge, le deuxième orange, le troisième jaune, le quatrième vert, le cinquième bleu et le sixième violet.

« On dirait une palette », dit Bulle.

« Une palette qui pousse », répondit Kiwi.

Au-dessus d’eux, une libellule passa en faisant un petit bruit de papier froissé. Elle s’arrêta dans la lumière, comme si elle voulait regarder le tableau.

L’été arriva sans faire de bruit. Les fougères devinrent grandes, les mûres se teintèrent de violet, et le jardin de Kiwi se mit à changer chaque jour.

La quatrième plante portait maintenant deux fleurs jaunes. Les trois premières avaient de longues feuilles brillantes.

« Comptons les fleurs », proposa Bulle.

Ils comptèrent : une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.

« Sept fleurs ! » s’écria Kiwi. « Et il nous faut encore quatre graines pour atteindre dix. »

Près du ruisseau, ils trouvèrent la septième graine, cachée dans une coquille vide. Puis une huitième, argentée, roulait entre deux galets.

Kiwi les planta dans deux petits creux de la grande poche.

Le lendemain, quatre papillons vinrent se poser sur les fleurs. Un bleu, un blanc, un orange et un brun à petits points.

« Ils sont huit choses à admirer si on compte les fleurs et les papillons ? » demanda Kiwi.

« On peut compter de plusieurs façons », répondit Bulle. « Les sept fleurs d’abord, puis les quatre papillons. Le jardin n’aime pas choisir un seul nombre. »

Kiwi réfléchit. Il avait maintenant planté huit graines. Il peignit donc un grand huit sur une feuille de fougère. Le chiffre ressemblait à deux boucles attachées.

Les papillons battirent des ailes. Leur ombre dansait sur les pétales.

« Le jardin grandit comme une histoire », murmura Kiwi. « On tourne la page, et quelque chose apparaît. »

Bulle hocha la tête. Elle connaissait bien les histoires souterraines. Certaines avaient des racines, d’autres des tunnels, et les meilleures avaient toujours une surprise au bout.

Puis l’automne arriva. Les feuilles tournoyèrent dans l’air, sans jamais tomber sur les fleurs. Le jardin gardait ses couleurs, comme si Kiwi les avait retenues avec ses pinceaux.

Il ne manquait plus que deux graines pour arriver à dix.

La neuvième brillait au fond d’une pomme de pin ouverte. La dixième se trouvait dans la poche de la blouse de Kiwi.

« Elle était là depuis le début ! » s’étonna-t-il.

« Les meilleures surprises savent attendre », dit Bulle.

Kiwi planta la neuvième graine près du ruisseau, puis la dixième au milieu de la grande poche de terre. Il les arrosa avec une petite tasse de pluie gardée dans une coquille.

Le lendemain, deux nouvelles pousses apparurent.

Kiwi et Bulle se penchèrent tout près.

« Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ! » comptèrent-ils ensemble.

Les dix graines étaient maintenant devenues dix jeunes pousses, entourées de fleurs et de papillons. Les papillons étaient maintenant dix aussi, ou peut-être onze : un minuscule jaune s’était glissé derrière une feuille.

Kiwi installa une grande pancarte peinte : 10.

Bulle apporta une pierre plate pour servir de banc. Ils s’assirent devant le jardin. Le vent sentait les feuilles sèches et la terre fraîche. Au loin, les arbres semblaient porter des manteaux roux.

« Que peindras-tu demain ? » demanda Bulle.

Kiwi regarda les pousses, les fleurs, les papillons et la grande poche de terre.

« Peut-être une porte vers un jardin encore plus grand. »

Sous la terre, les dix petites racines s’étirèrent doucement. Et, dans le soir doré, une nouvelle feuille se déplia comme une minuscule aile.

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