3-6 ans

Les sept flaques de lumière

Après la pluie, Kiwi et Nino découvrent un petit chemin de couleurs qu’on peut compter du bout des pattes.

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Ploc. Une dernière goutte tomba du toit de l’atelier.

Kiwi poussa la porte avec son long bec. Le petit oiseau rond et duveteux portait son béret rouge et sa blouse tachée de couleurs. Toute la matinée, il avait peint la pluie. Maintenant, il avait envie de la sentir.

La terre sentait bon. Les feuilles brillaient. Entre l’atelier et le vieux saule, quelque chose scintillait.

« Une étoile par terre ? » murmura Kiwi.

Il s’approcha. Dans un petit creux du chemin, l’eau reflétait son béret.

« 1, une flaque ! Et elle porte mon rouge ! »

Une tête verte sortit de derrière un pot.

« C’est pratique, dit Nino la grenouille. Tu peux vérifier si ton béret est droit sans rentrer chez toi. »

Kiwi pencha la tête. Le rouge dansa.

« Je l’appelle Béret-Coquelicot. »

Un peu plus loin, une autre flaque brillait sous une trouée du ciel.

« 2, deux flaques ! » compta Kiwi.

Nino se pencha près de lui.

« Celle-ci a avalé du bleu. »

« Alors, elle s’appellera Poche-de-Ciel. »

Ils restèrent un instant à regarder un minuscule nuage traverser leur poche bleue.

Le chemin tournait près d’une touffe de boutons-d’or. Nino bondit devant, puis s’arrêta si vite que ses pattes glissèrent un peu.

« Oh ! Viens voir ! »

Une nouvelle flaque se cachait au pied des fleurs.

« 3, trois flaques ! » annonça Kiwi.

Dans celle-ci, les petites têtes jaunes tremblaient à chaque souffle de vent.

« On dirait une soupe de soleil », dit Nino.

Kiwi rit.

« Une soupe qu’on regarde seulement ! Je l’appelle Soleil-en-Miettes. »

Il chercha dans la poche de sa blouse. Pas de carnet. Pas de crayon. Seulement un chiffon couvert de peinture sèche.

« Comment vais-je garder toutes ces couleurs ? »

« Avec tes yeux pour commencer », proposa Nino.

Ils avancèrent jusqu’à une pierre plate. Juste derrière, une flaque longue et fine renvoyait le vert d’une grande fougère.

« 4, quatre flaques ! »

Kiwi s’accroupit. Dans l’eau, chaque feuille semblait devenir une petite plume.

« Plume-de-Fougère », décida-t-il.

Nino leva une patte, puis l’autre.

« Tu crois qu’une grenouille peut avoir des plumes ? »

« Dans une flaque, tout est possible. »

Au-dessus du chemin, une branche secoua ses gouttes.

Tip, tip, tip !

Nino leva le nez.

« La pluie a oublié de finir. »

Une goutte atterrit sur le bec de Kiwi. Il éternua tout doucement, puis aperçut de l’eau sous un buisson de lilas.

« 5, cinq flaques ! »

Des grappes violettes s’y balançaient, tête en bas.

« Celle-là ressemble à de la confiture », souffla Nino.

« De la confiture de fleurs. Son nom sera Lilas-Renversé. »

Kiwi fit semblant de mélanger le violet dans l’air avec un pinceau invisible. Nino lui tendit une feuille comme une palette.

« Tiens, pour tes couleurs qui ne se touchent pas. »

Ils approchaient du vieux saule. Une racine traversait le chemin comme un gros lacet. À côté, une nouvelle flaque reflétait le tronc brun, avec une longue rayure dorée.

« 6, six flaques ! » compta Kiwi.

Il suivit la rayure du regard. Un rayon de soleil venait de passer entre les branches.

« Écorce-au-Miel », dit-il.

Nino posa sa petite patte sur la racine.

« Nous voilà presque chez le saule. Il doit bien garder une surprise. »

Sous les longues branches, Kiwi découvrit un dernier miroir d’eau.

« 7, sept flaques ! »

Celle-ci était presque blanche. Elle reflétait un gros nuage tout rond.

Nino se pencha. Son museau vert apparut au milieu.

« Oh ! Je suis dans le nuage ! »

« Alors, voici Nuage-à-Grenouille », déclara Kiwi.

Ils s’assirent près du saule. Kiwi regardait les couleurs le long du chemin. Il avait les pattes humides et la tête pleine de noms.

Puis le soleil sortit tout entier.

Au fil de l’après-midi, les flaques rétrécirent. Leurs bords devinrent de minces fils brillants. Leurs couleurs pâlirent. Enfin, il ne resta que des taches sombres sur la terre.

« Elles sont parties », dit Nino.

Kiwi toucha doucement le sol avec le bout de son bec.

« Pas très loin, peut-être. »

Il retourna chercher son carnet et ses pinceaux. À l’ombre du saule, il peignit leur petit chemin, avec une place pour chaque flaque.

Nino surveillait le ciel.

« Tu crois qu’elles reviendront ? »

Kiwi ajouta une grenouille au milieu d’un nuage blanc.

« Après la prochaine pluie, on reviendra compter. Tu viendras avec moi ? »

« Je garderai mes pattes prêtes ! »

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