Peins, petit Kiwi, peins
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Au bord du bois, entre les fougères et les fleurs de trèfle, Kiwi installa son chevalet. C’était un petit oiseau rond et duveteux, avec de fines pattes, un béret rouge et une blouse tachée de bleu, de jaune et de vert.
À côté de lui sautillait Biscotte, son pinceau vivant. Biscotte avait des poils souples comme une touffe de nuage et une longue queue de bois qui frétillait quand il était content.
Devant eux se dressait un vieux mur gris. Il longeait le chemin et semblait attendre depuis très longtemps.
« Qu’est-ce que tu vas peindre, Kiwi ? » demanda Biscotte.
Kiwi regarda le chemin, le ciel et les arbres.
« Je ne sais pas encore. On va commencer par écouter les couleurs. »
Biscotte trempa ses poils dans le bleu. Kiwi posa une patte sur le pinceau. Ensemble, ils tracèrent une longue ligne qui serpentait sur le mur, comme un chemin dansant.
Puis Kiwi ajouta du jaune autour des fleurs, du vert sous les feuilles et une petite tache orange là où le soleil se posait.
Peins, petit Kiwi, peins, une rayure sur le chemin, un rond pour le héron, trois points pour le lapin.
Un héron passa lentement au-dessus du mur. Un lapin sortit du buisson et observa les trois petits points ronds que Kiwi venait de déposer près de la ligne.
« On dirait mes traces ! » dit le lapin.
Et il partit en sautillant, laissant dans la poussière trois nouvelles marques.
Le lapin revint avec deux écureuils. Les écureuils apportèrent des noisettes, mais Kiwi ne peignit pas de noisettes.
« Peins quelque chose qui roule ! » proposa le premier.
Biscotte plongea dans la peinture rouge et fit un grand rond. Kiwi ajouta deux petits ronds dessous, puis une fenêtre carrée.
« Un chariot ! » cria le second écureuil.
Le rond devint une roue. Les roues devinrent un chariot. Le chariot devint un bateau, car Kiwi lui ajouta une voile blanche. Puis le bateau vogua sur une rivière violette, dessinée d’un seul mouvement de pinceau.
Le vent de fin de printemps fit bouger les branches. Les feuilles frissonnèrent au-dessus du mur.
« Il manque quelque chose qui vole », murmura Kiwi.
Un papillon jaune se posa sur son béret rouge. Biscotte chatouilla le mur avec ses poils, et Kiwi peignit des ailes, une grande aile, puis une petite aile, puis beaucoup d’ailes qui tournoyaient autour du bateau.
Peins, petit Kiwi, peins, une rayure sur le chemin, un rond pour le héron, trois points pour le lapin.
Les écureuils dansèrent autour du chevalet. Le lapin fit des bonds. Même le héron revint, avec une plume grise dans le bec.
« Cette plume pourrait devenir une voile », dit Kiwi.
« Ou une moustache ! » répondit Biscotte.
Kiwi posa la plume contre le mur et peignit tout autour. La voile-moustache fit rire les écureuils jusqu’à leur en faire tomber les noisettes.
Quand l’été arriva, les couleurs semblaient chauffer au soleil. Kiwi ouvrit un pot de bleu profond et regarda les ombres fraîches sous les arbres.
« Il faut peindre un endroit où l’on peut se reposer », dit-il.
Biscotte se coucha sur le mur et remua doucement. Kiwi suivit son mouvement. Il dessina une grande mare bleue, des roseaux, des nénuphars et des cailloux brillants.
Le héron entra dans la fresque, une patte levée. Le lapin s’installa près des roseaux. Les écureuils dessinèrent des spirales avec leur queue, et Biscotte fit des éclaboussures qui devinrent des gouttes de pluie.
Mais l’une des gouttes roula trop loin. Elle traversa la mare, grimpa sur une colline orange et se transforma en soleil.
« Tiens donc », dit Kiwi. « La peinture invente toute seule. »
« Elle a peut-être des idées dans les poils », répondit Biscotte.
Peins, petit Kiwi, peins, une rayure sur le chemin, un rond pour le héron, trois points pour le lapin.
À la fin de l’après-midi, une petite brise apporta des feuilles rousses. Elles se posèrent sur la fresque et laissèrent des empreintes en forme d’étoile.
Kiwi ne les enleva pas. Il ajouta des tourbillons bruns et dorés.
« Voilà l’automne qui arrive », souffla-t-il.
Le mur n’était plus gris nulle part. Il bougeait presque, avec ses chemins, ses bateaux, ses ailes, sa mare et ses feuilles dansantes.
Le lendemain, le ciel devint gris perle. L’air sentait la pluie et les champignons. Kiwi enfila une vieille écharpe autour de son cou, sans retirer son béret rouge.
« La fresque a encore une place », remarqua Biscotte.
Tout en haut du mur, il restait un espace blanc, juste au-dessus de la colline.
Kiwi réfléchit. Il pensa au printemps, au bleu de l’été, aux feuilles de l’automne. Puis il leva les yeux vers le ciel où passaient de petits nuages.
« Je vais peindre une saison qui voyage », dit-il.
Avec du blanc, du gris et une pointe de violet, il dessina des nuages ronds. Avec du bleu clair, il traça des gouttes. Biscotte fit des spirales pour le vent. Les animaux ajoutèrent leurs propres signes : une patte, une plume, une noisette, une feuille.
Peins, petit Kiwi, peins, une rayure sur le chemin, un rond pour le héron, trois points pour le lapin.
Puis Kiwi recula. Du premier trait jusqu’au dernier nuage, toute la fresque formait un grand voyage. Les couleurs du printemps, de l’été, de l’automne et du temps froid se tenaient la main, sans frontières.
Le lapin posa trois petits points près d’une goutte. Le héron ajouta un rond avec le bout de son bec. Biscotte, lui, laissa une minuscule tache rouge au milieu du ciel.
« C’est ma signature », dit-il.
Kiwi sourit. Ils rangèrent les pots, mais pas les idées. Sur le chemin, les amis partirent en file joyeuse, en inventant déjà la prochaine peinture.
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