6-9 ans
Tapote, petit pinceau
Un conte pour les petits où, dans un jardin plein de couleurs, Kiwi peint une image que personne n’aurait pu imaginer seul.
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Au matin, Kiwi ouvrit grand les yeux sous les feuilles du vieux pommier. C’était un petit oiseau rond et duveteux, avec des plumes brun-vert, un ventre doux comme une mousse et un long bec curieux. Sur sa tête, il portait un béret rouge. Sa blouse bleue était déjà tachée de jaune, de rose et de violet.
Kiwi installa son chevalet dans l’herbe. Devant lui, il posa trois pots de peinture, un chiffon et son pinceau préféré, un pinceau fin et tout rond au bout.
« Aujourd’hui, je vais peindre un chemin, annonça-t-il. Mais je ne sais pas encore où il va. »
Il trempa le pinceau dans le jaune et le posa sur la toile.
« Tapote, tapote, petit pinceau ! »
Un point jaune apparut. Puis un autre. Puis encore un autre. Les points descendirent jusqu’au bord de la toile, comme des miettes de soleil.
Une coccinelle suivit le chemin. Une mésange sautilla derrière elle. Même les marguerites semblèrent se pencher pour regarder.
Kiwi ajouta des ronds roses. Les fleurs du jardin se balancèrent doucement, rondes comme des joues et légères comme des bulles.
« On dirait que ton chemin cherche quelqu’un », murmura une petite voix.
C’était Biscotte l’escargot. Il avançait lentement sur une feuille, avec sa coquille dorée à spirale bleue.
« Peut-être qu’il cherche un ami », répondit Kiwi.
Biscotte sourit et suivit les points jaunes, juste à côté de la toile.
Kiwi choisit ensuite la peinture bleue. Il fit glisser son pinceau en zigzag.
« Tapote, tapote, petit pinceau ! »
Des traits bleus traversèrent la toile. Ils montaient, descendaient, tournaient autour des ronds roses et des points jaunes.
Biscotte suivait le mouvement, très concentré. Il avançait lentement, puis s’arrêtait un instant. À chaque arrêt, il laissait derrière lui une minuscule ligne brillante.
« Regarde, Kiwi ! Mon chemin à moi fait des boucles. »
« Alors, ajoutons-les », dit Kiwi.
Il peignit de grandes spirales autour des traces de Biscotte. Les spirales ressemblaient à des coquilles, à des escargots endormis, ou peut-être à des tourbillons de vent.
Une brise passa dans le jardin. Les feuilles frissonnèrent. Des nuages blancs avancèrent au-dessus du pommier.
« Ils veulent aussi entrer dans le tableau », remarqua Biscotte.
Kiwi leva son pinceau vers le ciel, puis le redescendit sur la toile. Il peignit trois nuages ronds. Un nuage avait un nez. Un autre portait une moustache. Le troisième ressemblait à une grande marmite.
Les vrais nuages les regardèrent. Ils changèrent lentement de forme, comme s’ils essayaient de leur ressembler.
Biscotte fit un tour sur lui-même.
« Ton tableau bouge presque ! »
« C’est parce que tout le jardin y met un peu de lui », répondit Kiwi.
Un rayon de soleil traversa les branches et éclaira la blouse tachée de Kiwi. Sur son ventre, une tache violette brillait comme une petite lune.
Le jour avançait. Dans le jardin, les couleurs changeaient avec la lumière. Le vert des feuilles devenait plus profond. Les ombres s’allongeaient. Une feuille rousse descendit doucement et se posa sur le coin de la toile.
Kiwi la regarda.
« Elle est parfaite », dit-il.
Il trempa son pinceau dans l’orange.
« Tapote, tapote, petit pinceau ! »
Il ajouta des feuilles autour des nuages, des petites graines près des fleurs et des étoiles minuscules entre les traits bleus. Puis il peignit une grande porte au milieu du tableau.
Biscotte leva ses deux petites antennes.
« Où mène cette porte ? »
« Je ne sais pas encore. Tu veux choisir ? »
Biscotte réfléchit longtemps. Une fourmi passa devant lui. Une abeille bourdonna près d’un coquelicot. Au loin, une branche craqua doucement.
« Elle mène à un endroit où chacun peut apporter une couleur », répondit enfin Biscotte.
Alors Kiwi peignit derrière la porte un sentier violet. Il y ajouta des points verts pour les pas de la fourmi, des ronds dorés pour le vol de l’abeille et des traits rouges pour les plumes d’un oiseau.
Biscotte observa la toile. Avec l’accord de Kiwi, il prit une goutte de peinture avec le bout de son pied et la déposa tout près de la porte.
« Voilà ma couleur », dit-il.
Kiwi ne bougea plus pendant un instant. Puis il ajouta autour de la goutte une fine spirale bleue.
« Elle avait besoin d’une maison », murmura-t-il.
Le tableau semblait maintenant contenir le printemps, l’été et les premiers jours roux de l’automne. Pourtant, il restait une grande place blanche au centre.
Kiwi posa son pinceau. Il regarda la grande place blanche.
« Il manque quelque chose », dit-il.
Biscotte grimpa lentement sur le chevalet. Il regarda les points, les ronds, les traits, les nuages, les feuilles et la petite porte.
Puis il regarda Kiwi.
« Il manque peut-être nous deux. »
Kiwi sourit. Il prit du rose pour peindre deux joues rondes. Il ajouta deux petits yeux brillants, un béret rouge minuscule et une coquille en spirale.
Biscotte choisit le bleu pour dessiner une aile près de la coquille. Kiwi peignit ensuite une grande aile autour de l’escargot, comme un abri doux.
« Tapote, tapote, petit pinceau ! »
Les animaux du jardin se rapprochèrent. La coccinelle ajouta trois points noirs. La mésange fit tomber une plume grise. Les nuages dessinèrent leur ombre sur l’herbe. Même les fleurs semblaient avoir offert leurs pétales aux couleurs du tableau.
Kiwi posa le dernier point au centre de l’image.
Alors, il recula. Biscotte recula aussi, très lentement.
Sur la toile, le chemin de points, de ronds et de traits formait maintenant une grande image. Kiwi et Biscotte avançaient côte à côte vers la petite porte. Autour d’eux, les fleurs dansaient, les escargots suivaient les spirales et les nuages flottaient en rond.
« Tu sais où il va, maintenant ? » demanda Biscotte.
Kiwi regarda son ami.
« Oui. Il va là où nous peignons ensemble. »
Le vent tourna doucement la page du carnet de Kiwi. Une nouvelle feuille blanche apparut.
Biscotte sourit.
« On recommence demain ? »
Kiwi remit son béret bien droit.
« Demain, on commencera par un tout petit point. »
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