6-9 ans

Une couleur pour le silence

Pour aider son amie Brindille à montrer son dessin, Kiwi prépare une exposition où les couleurs parlent tout doucement.

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Ce matin-là, l’automne avait posé des feuilles dorées devant l’atelier de Kiwi.

Le petit oiseau rond et duveteux portait son béret rouge et sa blouse tachée de couleurs. Il préparait une exposition. Sur les murs, il accrochait des nuages roses, des flaques violettes et un arbre dont chaque feuille ressemblait à une moufle.

Brindille, une petite souris grise en salopette bleue, l’aidait à disposer les pots. Elle aimait écouter le frottement des pinceaux, le vent dans la gouttière et les idées de son ami.

« Tu as apporté ton dessin ? » demanda Kiwi.

Brindille hocha la tête. Elle sortit une feuille de son carton.

On y voyait un tout petit banc sous un grand saule. Autour, des touches de bleu pâle flottaient parmi des ronds jaunes.

Kiwi se pencha.

« J’aimerais bien m’asseoir là. On dirait que même le vent marche sur la pointe des pieds. »

Les moustaches de Brindille frémirent de plaisir.

Puis Kiwi ajouta :

« Tout à l’heure, tu pourras raconter ton dessin aux visiteurs. »

Brindille baissa aussitôt les oreilles. Elle glissa sa feuille derrière son dos.

Kiwi posa le crochet qu’il tenait.

« Tu n’as plus envie de l’exposer ? »

Brindille regarda ses petits souliers.

« Si. Mais quand tout le monde attend que je parle… mes mots se cachent. »

Kiwi tira deux tabourets près de la fenêtre. Il s’assit sans rien demander de plus.

Dehors, une feuille descendit en tournant. Brindille la suivit des yeux. Puis elle leva une patte et dessina dans l’air le même petit tourbillon.

Kiwi l’imita. Son geste fut si rond qu’il faillit perdre son béret.

Brindille eut un rire léger.

« Tu vois, dit Kiwi, j’ai compris ta feuille sans un mot. »

Il observa le dessin du saule, puis les pots alignés sur la table.

« Et si nous faisions une visite sans paroles ? On pourrait montrer ce qu’on ressent avec des gestes… et avec des couleurs. »

Brindille releva les oreilles.

« Même les visiteurs ? »

« Oui, s’ils en ont envie. Et on pourra aussi simplement regarder. »

La souris réfléchit. Elle prit un morceau de papier et y traça une petite patte ouverte, puis trois taches colorées.

Kiwi sourit.

Leur invitation était prête.

Ils préparèrent des galets lisses et de petites cartes. Sur chaque carte, Kiwi déposa une couleur : jaune, bleu, vert, rose ou orange.

Brindille ajouta une carte blanche. Pour les jours où l’on ne sait pas encore.

Puis ils accrochèrent son dessin assez bas pour que les plus petits puissent le voir.

Les premiers visiteurs arrivèrent : une lapine, un hérisson et deux écureuils. À l’entrée, Kiwi montra l’invitation. Il posa doucement une aile devant son bec, puis ouvrit grand les yeux vers les tableaux.

Les visiteurs comprirent le jeu.

Devant l’arbre aux moufles, la lapine serra ses pattes contre elle, comme pour se réchauffer. Un écureuil choisit une carte orange et sautilla sur place.

Brindille les observait derrière un pot de pinceaux.

Enfin, le hérisson s’arrêta devant son dessin.

Il regarda longtemps le banc sous le saule. Puis il prit une carte bleue et la posa sur son cœur.

Le ventre de Brindille se serra. Était-il triste ? Avait-elle fait un dessin triste ?

Elle sortit de sa cachette et s’approcha à petits pas.

Le hérisson remarqua Brindille. Il lui montra le bleu, puis ferma les yeux. Ses épaules descendirent doucement. Il joignit les pattes sous sa joue.

Brindille comprit : il se reposait.

Elle regarda son propre dessin. C’était cela qu’elle avait voulu peindre. Un endroit où rester tranquille, avec quelqu’un qu’on aime, sans avoir besoin de remplir l’air.

Elle choisit une carte jaune et la posa près de la bleue.

Le hérisson sourit.

Bientôt, les autres les rejoignirent. La lapine dessina du bout de la patte un soleil dans l’air. Un écureuil fit semblant de s’asseoir sur le petit banc. L’autre resta immobile, un galet lisse entre les pattes.

Brindille ne se cachait plus.

Quand la visite fut terminée, Kiwi et elle rangèrent les cartes. Personne n’avait choisi exactement les mêmes couleurs.

« Ton bleu, demanda Kiwi, il voulait dire quoi ? »

Brindille s’installa près de lui, sur le seuil.

« Écoute. »

Une feuille froissa le chemin. Le vent caressa les branches.

Kiwi posa une carte bleue entre eux.

Brindille y ajouta une petite tache jaune.

Ils restèrent encore un moment à regarder tomber les feuilles.

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