3-6 ans
Virevolte, petit pinceau
Quand Kiwi trempe son pinceau dans les couleurs du matin, toute la prairie se prépare à danser.
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Au bord de la prairie, Kiwi ouvrit les yeux avant le soleil. Il était petit, rond et duveteux, avec deux pattes fines et un bec curieux. Sur sa tête, son béret rouge penchait à gauche. Sa blouse, déjà tachée de bleu, de jaune et de vert, racontait mille peintures.
Kiwi installa sa palette sur une souche. Il y avait du jaune pour le soleil, du bleu pour le ciel, du rose pour les nuages et du vert pour les herbes nouvelles.
« Aujourd’hui, je vais peindre le printemps qui arrive », annonça-t-il.
Sur une feuille posée près de lui, Lila la coccinelle avançait à petits pas. Ses ailes rouges brillaient comme deux pétales.
« Tu peux me dessiner des points tout ronds ? demanda-t-elle. »
« Bien sûr ! Mais d’abord, il me faut un pinceau bien réveillé. »
Kiwi le secoua doucement. Le pinceau frissonna, bondit dans sa patte et fit une jolie boucle dans l’air.
Virevolte, petit pinceau, sur le nez de Kiwi, sur la feuille de Lila, sur le caillou tapi.
Une goutte jaune atterrit sur le bout du bec de Kiwi. Il éternua.
« Atchoum de soleil ! »
Lila éclata de rire. Le matin venait de commencer.
Kiwi peignit les points de Lila avec beaucoup de soin. Un point sur l’aile gauche, un point sur l’aile droite, puis un tout petit point entre les deux.
« Celui-là, c’est pour la chance », dit-il.
« Et celui-ci ? » demanda Lila en montrant une tache bleue sur la feuille.
« C’est une rivière qui a oublié de couler. »
Lila posa ses pattes dans la peinture bleue et marcha sur le papier. Ses empreintes formaient un chemin minuscule.
Soudain, un souffle tiède passa dans les herbes. Le pinceau de Kiwi s’envola. Il tourna autour de la coccinelle, frôla une pâquerette, puis se posa sur un caillou gris, caché sous une feuille sèche.
Virevolte, petit pinceau, sur le nez de Kiwi, sur la feuille de Lila, sur le caillou tapi.
Le caillou se mit à briller. Kiwi ajouta une touche de violet. Lila ajouta une touche de rouge. Alors le caillou devint une montagne avec une porte ronde, des fenêtres dorées et une rivière qui dansait tout autour.
« Qui habite là ? » chuchota Lila.
« Peut-être un géant minuscule », répondit Kiwi.
Derrière la montagne peinte, une voix légère fit glisser trois notes dans l’air.
Les trois notes montèrent au-dessus des fleurs. Une abeille les entendit et bourdonna en rythme. Une grenouille répondit depuis le ruisseau. Même les roseaux se mirent à frotter leurs feuilles l’une contre l’autre.
Kiwi regarda sa palette.
« Il manque peut-être une couleur », dit-il.
« Laquelle ? » demanda Lila.
Kiwi réfléchit. Il mélangea une pincée de jaune avec un peu de rose, puis ajouta une goutte de bleu. Une couleur toute nouvelle apparut : un orange doux, comme la lumière sur les plumes après la pluie.
Il en peignit une grande spirale dans l’air.
Virevolte, petit pinceau, sur le nez de Kiwi, sur la feuille de Lila, sur le caillou tapi.
La spirale descendit jusqu’au sol. Elle toucha les tulipes, les trèfles et les jeunes fougères. Chaque plante répondit par un son différent. Les tulipes tintèrent, les trèfles chuchotèrent, les fougères soupirèrent de plaisir.
Lila se mit à tourner sur elle-même.
« Regarde, Kiwi ! Je danse avec mes six petites pattes ! »
Kiwi dansa aussi. Son béret glissa sur son œil, sa blouse claqua comme une voile et trois éclaboussures vertes décorèrent le ciel.
La spirale monta encore, jusqu’aux nuages. Elle y déposa des taches roses, bleues et dorées. Les nuages se poussèrent pour laisser passer un rayon de lumière.
Le rayon tomba sur la prairie. Alors tout chanta ensemble : le ruisseau, les fleurs, les insectes, les feuilles et même le vieux caillou tapi sous sa montagne violette.
Kiwi posa son pinceau sur la souche. Lila s’assit sur son épaule.
« Tu crois que la prairie chantera demain ? » demanda-t-elle.
« Peut-être, répondit Kiwi. Il faudra lui apporter une nouvelle couleur. »
Lila regarda le ciel.
« Une couleur de vent ? »
« Ou une couleur de sieste. »
Ils rirent doucement. Le soleil montait. Dans l’herbe, une petite graine s’ouvrit, comme une bouche prête à fredonner.
Virevolte, petit pinceau, sur le nez de Kiwi, sur la feuille de Lila, sur le caillou tapi.
Et, tandis que le printemps avançait pas à pas, Kiwi et Lila repartirent chercher d’autres endroits à peindre. Derrière eux, la prairie continuait de chanter, avec des voix de fleurs, de plumes et de lumière.
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